Lettres lusitaniennes

14 septembre 2020

Apprendre une langue, un passeport pour l’intégration

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Connaissez-vous la page Facebook « Translating for Europe » ? Il s’agit d’une page très intéressante sur le monde de la traduction et des langues dans l’Union européenne, qui partage des publications très intéressantes.

Cependant, la semaine dernière, les administrateurs de cette page ont fait fausse route. Je m’explique : ils ont voulu mettre en valeur le rôle de la traduction dans l’intégration des immigrés au Luxembourg, en présentant le témoignage d’une dame portugaise qui y vit depuis longtemps, mais qui dit préférer lire les consignes de santé dans les hôpitaux en portugais (ce qui est le cas là-bas, puisque les consignes de santé sont traduites en plusieurs langues).

J’avoue, j’ai sursauté, tellement ce témoignage m’a fait tiquer. Cette dame vit au Luxembourg depuis longtemps et elle dit qu’elle préfère lire ces consignes en portugais. Cela m’amène à poser la question suivante : cette dame parle-t-elle le luxembourgeois, ou une autre langue parmi celles qui sont parlées dans ce pays ? Si ce n’est pas le cas, comment cela se fait qu’elle ne parle pas d’autres langues que le portugais, alors qu’elle vit dans ce pays depuis longtemps ?

Ne me méprenez pas, je trouve cette initiative excellente, si elle peut aider les nouveaux-arrivants qui ne parlent pas le luxembourgeois (ou les autres langues parlées là-bas) ou les réfugiés. Moi-même, j’ai fait de l’interprétariat à titre bénévole, ayant aidé des réfugiés angolais venus se faire soigner en France au début des années 2000 (vers la fin de la guerre civile en Angola), ainsi que des routiers portugais ne sachant pas parler français. Donc, jusqu’ici, tout va bien.

Pourtant, lorsqu’on vit depuis longtemps dans son pays d’accueil, apprendre la langue de ce pays est la moindre des choses. C’est un signe d’intégration. Si on ne maîtrise pas la langue du pays d’accueil, on ne pourra pas se débrouiller dans les gestes du quotidien, comme faire les courses, consulter un médecin ou effectuer des démarches administratives. Apprendre la langue de son pays d’accueil est aussi un signe de respect envers ses autochtones, car cela permet d’éviter l’entre-soi et, pire encore, le communautarisme. Moi-même, je vis en France depuis vingt ans et ce serait un vrai scandale si je ne maîtrisais pas la langue française. De même, plusieurs membres de ma famille sont partis vivre dans plusieurs pays (France, États-Unis, Allemagne, Tunisie) et ils maîtrisent les langues nationales, alors qu’ils n’ont fait que l’école primaire. De plus, ne pas comprendre cela, c’est aussi mépriser le travail effectué par les associations qui se mobilisent pour l’intégration des immigrés et des réfugiés. Elles sont là pour les aider et ne pas saisir cette main tendue est d’une connerie sans nom.

Lorsque je vois que certains étrangers friqués installés au Portugal ne font aucun effort pour apprendre le portugais, ainsi que certains luso-descendants qui se disent très fiers d’être portugais, alors qu’ils ne se donnent même pas la peine d’apprendre la langue de leurs parents et grands-parents, je me mets en colère. Pour les immigrés qui s’installent dans leur pays d’accueil sans faire l’effort de parler la langue, alors qu’il y a pléthore d’associations prêtes à les aider, c’est pareil : je trouve cela inadmissible.

Voilà, vous voulez vous intégrer dans votre pays d’accueil ? Alors faites l’effort d’apprendre la langue et de comprendre la culture et la mentalité du pays où vous avez déposé vos valises. Autrement, restez chez vous.

Image par Gerd Altmann sur Pixabay

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24 juillet 2020

Briser les idoles

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Depuis la mort de George Floyd aux États-Unis, on assiste à des scènes qu’on n’aurait pas pu prévoir, tellement distraits que nous sommes à cause des affaires du monde tel qu’il va : le déboulonnement et le taguage des statues de personnalités illustres au Royaume-Uni, aux États-Unis, en France métropolitaine ou dans les DOM-TOM, au Portugal… les gens qui taguent et déboulonnent ces statues sont des militants de la mouvance « Black Lives Matter ».

Que faut-il en penser ? Cela me rappelle un séjour que j’ai fait en Lituanie en 1997 dans le cadre d’une convention internationale de jeunes d’une durée de trois semaines. Chaque semaine, nous étions dans un endroit différent. Pendant la première semaine, les participants étaient à Kaunas, la deuxième ville du pays, logés chez l’habitant. Un jour, lorsque je me baladais en centre-ville, j’ai vu beaucoup de piédestaux vides, car on avait déboulonné toutes les statues et les symboles liés au communisme. Lorsque j’en ai parlé à mon « hôtesse », elle a haussé les épaules, en me disant que déboulonner les symboles du communisme ne servait à rien, car on ne pouvait pas effacer la période soviétique de l’histoire du pays, redevenu indépendant en 1991.

Je suis en partie d’accord avec mon « hôtesse » : déboulonner et taguer les symboles du colonialisme et de l’esclavage ne sert pas à grand-chose, car on ne peut pas changer l’Histoire ni revenir en arrière. Pourtant, s’il n’y avait pas eu ces gestes de révolte, parlerait-on des méfaits du colonialisme ? Peut-être pas, car il y a trop de personnes aveuglées par la mentalité soi-disant « civilisatrice » et « émancipatrice » des nations européennes qui ont voulu « arracher l’Afrique à l’obscurantisme », alors que les peuples africains ne nous ont rien demandé. Ces gens-là parlent encore des « bienfaits de la colonisation », tout en oubliant le côté obscur de celle-ci : l’assimilation religieuse, culturelle et linguistique forcée (l'"assimilation" est encore le maître-mot des démarches de naturalisation…), l’inégalité des statuts selon l’origine ethnique, les discriminations en tout genre, les travaux forcés (un esclavage qui ne dit pas son nom)…

Il est plus que jamais temps de faire entendre la voix des peuples colonisés et de leurs descendants, pour que l’Histoire ne se résume pas au récit des vainqueurs et intègre celui des vaincus, car plus l’Histoire est le fruit des mémoires variées et contradictoires, plus elle est riche. L’Histoire des nations est comme la vie, faite d’ombres et de lumières, de moments fondateurs et de pages noires. Fini le « Roman national », place à la complexité historique. Bien sûr qu’il faut comprendre la mentalité de chaque époque, y compris de l’époque coloniale, mais un peu de « distanciation critique » ne fait pas de mal, car, sans cette vision critique, les droits humains n’auraient jamais progressé. L’acceptation de la coexistence des mémoires plurielles est la meilleure réparation historique qu’on puisse faire, la réparation matérielle et financière ne pouvant pas réparer ni effacer le mal qui a été fait.

Ceci dit, faut-il détruire les symboles de la colonisation ? Oui. Pas en les déboulonnant, les décapitant ou les taguant, mais en les déconstruisant et en les regardant d’un œil critique. L’Histoire n’est pas une religion et les personnalités historiques ne sont pas des Saints, mais des gens comme vous et moi, avec leur part d’ombre.

Il est donc temps de briser les idoles.

Image par Clker-Free-Vector-Images sur Pixabay

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10 juin 2020

Le privilège blanc

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Pendant ces derniers jours, il y a eu plusieurs manifestations partout dans le monde en hommage à George Floyd et contre les violences policières et racistes. Dans certaines manifestations, on trouvait des affiches qui évoquaient le « privilège blanc », ce qui a choqué certaines « têtes bien pensantes ».

Comme quoi, il y aurait un « privilège blanc » ? De quoi s’agit-il ? C’est très simple : indépendamment de sa catégorie sociale, un blanc ne subit pas de contrôles d’identité à répétition, peut entrer dans une boutique de luxe sans qu’on le regarde de travers et sans être suivi par le vigile de service et il risque moins de subir la discrimination dans l’accès à l’emploi et au logement. Certes, on pourra objecter qu’il y a aussi des non-blancs riches et privilégiés. Certes, mais, il faut comparer ce qui est comparable, c’est-à-dire, un ouvrier blanc et un ouvrier noir ou Arabe ou un cadre blanc et un cadre noir ou Arabe. Et vous verrez que, souvent, le blanc est privilégié par rapport au non-blanc, qu’il soit un cadre ou un ouvrier ou une femme de ménage (y compris les ouvriers portugais et les femmes de ménage portugaises).

En ce qui me concerne, oui, je suis une privilégiée. Je n’ai jamais subi ce que beaucoup de noirs ou arabes subissent. À part la question stupide sur ma carte de séjour (dont je n’ai plus besoin, fort heureusement), je n’ai jamais fait objet d’un contrôle d’identité. Je n’ai jamais non plus subi des regards de travers lorsque j’entre dans une boutique. Bref, on me fout une paix royale. Pourquoi ? Parce que je suis blanche et j’ai un physique passe-partout.

Et pourtant… dès que j’ouvre la bouche, j’ai parfois droit à des remarques déplacées sur mon soi-disant accent et à des questions limite inquisitrices sur mes origines, comme si cela était important. Et si, lors d’une conversation, je parle de mes origines, j’ai aussi droit aux sempiternelles remarques du genre « ma femme de ménage est portugaise », mais aussi à des blagues sur les Portugais, suivies de remarques tout aussi consternantes sur les Portugais travailleurs et tranquilles, qui ne font pas d’histoires – comme si mes interlocuteurs voulaient s’excuser de leur manque de politesse, alors qu’il leur suffirait de la fermer, tout simplement. J’ai aussi subi des entretiens d’embauche humiliants, où l’on mettait en cause mes qualifications, malgré mon CV et mes diplômes portugais, bien qu’ils aient traduits en bonne et due forme en français par un traducteur assermenté établi en France. Ce n'est pas forcément intentionnel, certes, mais cela fait mal. Très mal.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’on peut être blanc et subir le racisme, surtout lorsqu’on est né dans un pays plus pauvre que son pays d’accueil. Quand on vient d’un pays plus pauvre, on nous regarde de haut, comme si nous étions des attardés ou des enfants qu’on doit tenir en laisse, pour qu’ils ne fassent pas d’histoires. On se moque de notre accent, de notre physique, de notre façon de s’habiller, on met en doute nos compétences intellectuelles, bref, on nous infériorise et essentialise, bien qu’on soit aussi Européens et de « bons chrétiens ». En effet, l’histoire de la France est pleine d’épisodes tragiques liés à l’immigration européenne : le massacre des Italiens à Aigues-Mortes en 1895, l’isolement des réfugiés Espagnols dans des camps à Argelès-sur-Mer, Rivesaltes ou Bram entre 1939 et 1945, sans parler des Portugais qui vivaient dans des bidonvilles à Champigny-sur-Marne. Au Portugal, c’est pareil : on accueille volontiers les ressortissants des pays de l’Union européenne plutôt que les Ukrainiens, les Russes, les Roumains ou les Moldaves – il y a quelques mois, un Ukrainien a été tabassé à mort dans les locaux du Service des étrangers de l’aéroport de Lisbonne. Voilà où l’on est.

Cependant, il ne faut pas faire un concours de victimisation, car toutes formes de racisme et de discrimination doivent être condamnées, quelle que soit l’origine des victimes. Ce qu’il faut faire, c’est d’arrêter de se regarder le nombril communautariste et se rassembler contre les racistes de tout poil.

Autrement, on va droit dans le mur et rien ne changera.

Image par mmi9 sur Pixabay

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05 juin 2020

Balayer devant sa porte

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Comme vous le savez sûrement, outre l’évolution de la pandémie du Covid-19, un autre événement fait la une des journaux et des médias en ligne : le meurtre de George Floyd, un citoyen noir américain victime d’asphyxie provoquée par un des policiers qui l’ont arrêté. Suite à cette énième mort provoquée par des policiers américains envers les noirs, il y a des mobilisations partout, non seulement dans plusieurs villes américaines, mais aussi en Europe et en France.

En France, un collectif de soutien à la famille d’Adama Traoré, un jeune noir décédé suite à des actes de violence commis par des policiers en 2016, a organisé une manifestation à Paris cette semaine. Vingt mille personnes y ont participé : les membres de sa famille et du collectif de soutien, quelques célébrités et beaucoup d’anonymes. Évidemment, certains éditorialistes dans les médias français se sont empressés de dire que la situation en France n’a rien à voir avec celle des États-Unis, et qu’on est en train d’ « importer » des conflits qui n’ont rien à voir avec la société française, considérée comme plus juste grâce aux lois de la République. Eh oui, la République, la République, toujours la République… sauf que, actuellement, les mots « liberté, égalité, fraternité » ne veulent plus rien dire. Les inégalités explosent et les fameuses « lois de la République » n’ont pas empêché la dégringolade dans les quartiers sensibles des grandes villes, là où l’ascenseur social s’est bloqué.

En plus, il n’y a pas que la question de l’ascension sociale : il y a aussi un racisme systémique, non seulement de la part des particuliers, mais aussi de la part des institutions de notre chère République. Lorsqu’on est contrôlé plusieurs fois par jour car on a une gueule pas très catholique, il y a de quoi se poser des questions. Lorsqu’on est stigmatisé à cause de ses origines, qu’on subit des moqueries (j’en sais quelque chose) et la discrimination dans l’accès à l’emploi ou au logement, il y a de quoi se poser des questions. Cela ne vient pas d’aujourd’hui. On a beau évoquer l’islamisation galopante dans les cités HLM, mais tout le monde – surtout les éditorialistes – semble avoir oublié des événements comme la Marche pour l’égalité et contre le racisme, plus connue comme la « Marche des Beurs », qui a eu lieu en 1983. À cette époque, on ne pouvait pas soupçonner les enfants d’immigrés maghrébins d’être des suppôts de l’Islam radical. Pourtant, rien n’a été fait depuis. Et que dire des violences policières ? A-t-on oublié Zyed et Bouna, Théo et plein d’autres ? Pourquoi l’IGPN protège-t-elle toujours les policiers, au lieu d’enquêter vraiment ? Et pourquoi la police protège-t-elle des policiers qui tiennent des propos racistes, antisémites et sexistes et qui relaient les idées issues des groupes suprémacistes blancs, comme j’ai pu entendre dans un podcast sur Arte Radio, où un gardien de la paix noir témoignait du comportement terrifiant de ses collègues ? À mon avis, il faut que la police reconnaisse d’une fois pour toutes que les comportements de certains de ses agents nuisent à l’institution et risquent de faire perdre la confiance des citoyens.

Ceci dit, c’est très bien d’aller manifester et de s’indigner du triste sort réservé à George Floyd, mais ce serait mieux encore d’ouvrir bien les yeux et d’analyser ce qui ne va pas dans nos sociétés, afin d’endiguer la violence et la haine raciale.

Bref, il faut, plus que jamais, balayer devant sa porte.

Image par OpenClipart-Vectors sur Pixabay

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28 mai 2020

Cet été, je reste en France

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Ça y est, le déconfinement est là. Après 55 jours à la maison (pour les plus chanceux qui travaillent chez eux), le gouvernement a décidé, le 11 mai, de lâcher du lest et de déconfiner certains territoires. Fini les attestations de sortie, la durée limitée des déplacements, les magasins « non essentiels » fermés et tout le reste. Depuis le 11 mai, on peut souffler un peu, car on n’a plus besoin de cette foutue attestation (sauf si on se déplace à plus de 100 km) et nous pourrons bientôt aller au restaurant. Certains pensent déjà aux prochaines vacances d’été, comme c’est le cas de beaucoup de Portugais en France, qui rêvent de passer, comme d’habitude, leurs vacances au Portugal – d’ailleurs, le gouvernement portugais a décidé d’ouvrir les vols des compagnies aériennes et d’accueillir les touristes, le tourisme étant le secteur d’activité le plus porteur – et le plus affecté par la crise du Coronavirus.

Beaucoup de Portugais en France parlent d’un « devoir patriotique » d’aller au Portugal, afin de soutenir l’économie portugaise. Tout cela est très joli, mais, au fait, qu’est-ce que le Portugal a fait pour ses ressortissants qui vivent à l’étranger ? En plus, est-ce une bonne idée de voyager en dehors des frontières françaises ? Il ne faut pas oublier que le virus circule encore et il faut être vigilant. Et puis, il faut aussi que les frontières à l’intérieur de l’Espace Schengen puissent rouvrir, ce qui n’est pas encore le cas. Et n’oublions pas que le fait de parcourir le territoire espagnol par voie terrestre peut être une expérience périlleuse, l’Espagne étant l’un des pays les plus affectés par cette pandémie. On peut aussi prendre l’avion, bien sûr, mais avec les mesures de distanciation physique que les compagnies aériennes seront probablement obligées de mettre en place, le prix des billets risque de s’envoler.

J’adore voyager. J’adore changer de paysage, d’atmosphère, de langue. Quand je rentre de vacances, je me sens requinquée, avec un sourire aux lèvres et au cœur et les yeux pleins de beaux souvenirs. Pourtant, cet été, je reste en France. Puisque les tests sérologiques ne sont pas encore généralisés et je ne sais pas si j’ai été malade, bien que je ne présente aucun symptôme, je ne veux pas prendre de risques, ni faire prendre des risques à autrui. Imaginez que vous voyagez à l’étranger et que vous êtes infectés par ce satané virus. Vous faites quoi ? Vous restez là-bas, quitte à ne pas savoir quand et si vous pouvez rentrer ? Vous vous hâtez de rentrer, quitte à contaminer autrui ? Vous demandez à l’État français de vous rapatrier, alors que cela coûte un pognon de dingue, comme disait l’autre ?

Eh bien, il faut rester raisonnable et ne pas prendre des risques. Et puis, la France est quand même un très beau pays, vous ne le croyez pas ?

Allez, soyez sages et ne faites pas d’histoires.

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Photo par l'auteur de ce blog

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31 mars 2020

Le temps de l’incertitude

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Voilà, ça y est. Depuis le 16 mars à midi, nous sommes (presque) tous confinés. En ce qui me concerne, il n’y a aucun problème, car je travaille à distance depuis longtemps. Par contre, c’est moins évident pour les familles confinées, qui ont du mal à concilier les rythmes de travail des parents et des enfants. Pour tous les professionnels non confinés, comme les personnels soignants, les policiers, les pompiers, les facteurs, les conducteurs des transports en commun, les livreurs, les routiers et les caissières des supermarchés, les choses sont loin d'être simples - et ceci sans parler des familles dysfonctionnelles qui vivent un quotidien de violence, des personnes dépressives et des claustrophobes. Pour les autres, le confinement est un luxe. Il ne faut pas trop rechigner.

Nous voilà donc confinés. Jusqu’à quand ? On ne le sait pas. Le gouvernement repousse sans cesse la date de la fin, alors qu’il faudrait nous dire d'emblée qu’il faudra attendre le temps qu’il faudra. Peut-être quinze jours de plus, trois semaines, un mois, deux ou trois, voire plus. Emmanuel Macron dit que nous sommes en état de guerre. Or, si nous étions en état de guerre, nous ne pourrions pas rester à la maison tout en écoutant la radio, en regardant la télé et en surfant sur internet. Notre liberté de mouvement est très limitée, il faut en convenir, et ce manque de liberté n’est pas facile à gérer. Pourtant, on peut quand même sortir pour aller faire les courses dans les supérettes de proximité, aller à la pharmacie, chez un médecin ou aider un proche malade ou très âgé. Et si le gouvernement a mis en place toutes ces mesures très restrictives, c’est à cause de tous ces inconscients qui croient pouvoir faire comme si de rien n’était. Si vous voulez savoir ce qu’est vraiment un état de guerre, demandez aux réfugiés syriens ce que cela fait : ceux qui sont restés en Syrie vivent confinés dans des appartements où les coupures d’eau et d’électricité sont trop courantes, situés dans des immeubles éventrés et dans des quartiers vides où les magasins sont fermés. Pour faire les courses, ils risquent de laisser leur vie. Par contre, il faut être vigilant, pour que le gouvernement ne supprime pas nos acquis sociaux au nom de « l’effort de guerre ».

Certains disent que le gouvernement a trop tergiversé et qu’on aurait dû mettre en place ces mesures de confinement en même temps que l’Italie. Je partage cet avis. Le pire, c’est le manque criant d’usines qui pourront faire face à la pandémie, tout ceci à cause des délocalisations massives. Maintenant, nous payons le prix. Un prix très élevé. Le manque de masques et de gel hydroalcoolique, lui aussi, est criant et le reflet de la négligence des différents gouvernements pendant ces dernières années. Il y a aussi quelque chose qui me met hors de moi : il faut toujours une crise pour se rendre compte que nous avons besoin d’un service national de santé digne de ce nom et qu’il faut prendre soin des plus démunis. C’est ce qui se passe en France, où on loge - enfin ! – les sans-abri dans des hôtels et des logements vides, et au Portugal, où le gouvernement a régularisé temporairement les sans-papiers. Tout cela est très louable, mais que se passera-t-il lorsque le confinement sera fini ? Ces mesures seront-elles pérennes ou ce sera juste une parenthèse avant le règne du « business as usual » ? Certains disent que nous avons une opportunité en or pour changer les choses. Pour ma part, je n’y crois pas du tout, car les politiques ont dit la même chose lors de la crise de 2008 et on a vu ce qu’on a vu.

En attendant, il faut faire preuve de patience, attendre et, surtout, ne pas mettre nos vies et celles des autres en danger, ni encombrer les hôpitaux, car là, ce sont les personnels soignants qui trinquent. La véritable guerre est là, dans les établisssments de santé et dans les Ehpads.

Protégeons-nous donc, et restons à la maison.

Image par Gerd Altmann sur Pixabay

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09 mars 2020

Ni putes, ni soumises, ni cocottes, ni princesses

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Comme vous le savez bien, hier c’était la Journée internationale des droits de la femme. Oui, vous avez bien lu : « droits de la femme », pas « Journée de la femme » ni « Fête de la femme ». Voilà, cette journée n’a pas été instaurée pour « chouchouter » les femmes, pour les appâter avec des promotions commerciales, ni pour faire la fête, mais pour lutter pour les droits des femmes, qui sont loin d’être acquis, non seulement en Afrique ou en Asie, mais aussi dans les pays occidentaux.

Très honnêtement, je m’insurge contre toutes ces tentatives d’instrumentalisation commerciale de cette journée et je trouve dégueulasse que beaucoup de femmes tombent dans le panneau. Pourquoi faudrait-il des offres et réductions commerciales pour les femmes ? On nous prend pour qui ? Pour des cruches qui ne pensent qu’à claquer du fric dans les spas, les fringues, les salons de coiffure et les cabinets d’esthétique ? Avons-nous, les femmes, besoin de cela ? Est-ce que cela nous honore en tant que femmes ? Non. En effet, cela ne fait que pérenniser le stéréotype de la pétasse accro au shopping.

Pourtant, beaucoup de femmes trouvent cela normal, car elles adorent se faire chouchouter et être traitées comme des princesses - et que les gars les invitent à déjeuner et paient l’addition bien sûr, car elles, les pauvres, sont toujours fauchées. Non mais, vous êtes sérieuses, les filles ? Blanche-Neige, Cendrillon et la Belle au bois dormant sont-elles encore des modèles de féminité pour vous ? Vous n’en avez pas marre de cet imaginaire princier qu’on voit partout (y compris dans le « business » du mariage, avec les « robes style princesse » qui font le bonheur de beaucoup de futures mariées) ? Regardez Kate Middleton et Megan Markle. Qui était Kate Middleton avant son mariage ? Une jeune femme plutôt nunuche ayant fait des études plutôt intéressantes (en Histoire de l’art) mais inutiles, car elle vendait des fringues dans une boutique. Son ascension sociale est due uniquement à son mariage. Et maintenant qu’elle fait partie de la famille royale britannique, que fait-elle, à part assurer la descendance de la Couronne ? Pas grand-chose. Regardez maintenant Megan Markle. Elle était une femme libre et indépendante, qui faisait ce qui bon lui semblait. Pourtant, lors de son mariage, elle a découvert une famille dirigée par une matriarche de 93 ans, qui impose des us et coutumes d’un autre âge et qui ferait mieux d’abdiquer, histoire de rajeunir la mentalité de la Cour. Pas étonnant qu’elle ait décidé de prendre la poudre d’escampette…

Moi, je sais bien ce que je veux en tant que femme :

- pouvoir aller où bon me semble toute seule, sans subir des remarques déplacées da la part de certains représentants de la gent masculine ;

- m’habiller comme je veux, sans qu’on me regarde de travers, sans qu’on me traite de salope ou de coincée (car, pour certaines personnes – hommes ET femmes – le juste milieu en termes vestimentaires n’existe pas) ;

- être reconnue pour mes compétences et avoir le même salaire que mes collègues du sexe masculin ;

- vivre ma vie comme bon me semble, sans subir les diktats de la société relatifs à la sexualité, à la famille et à la maternité ;

- ne pas subir la propagande commerciale qui perpétue les stéréotypes sur les femmes ;

- avoir le droit à l’imperfection, c’est-à-dire, ne pas être une fée du logis, une bombe sexuelle toujours disponible pour assouvir les désirs des hommes, ne pas avoir d’enfants (car il n’y a pas que les gosses dans la vie), bref, être moi-même.

Nous, les femmes, nous avons le droit d’être ni putes, ni soumises, ni cocottes, ni princesses. Nous avons le droit de vivre comme bon nous semble et de nous affranchir des étiquettes qu’on nous colle.

Moi, j’ai fait mes choix. Et vous ?

Image par PublicDomainPictures sur Pixabay

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04 mars 2020

Victimes et bourreaux

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Si vous avez été attentif(ve) aux actualités de la semaine dernière, vous avez entendu et lu des informations relatives à la soirée des Césars 2020.

Comme vous le savez sûrement, le César de la meilleure réalisation a été attribué à Roman Polanski pour son film J’accuse, ce qui a provoqué un tollé dans la cérémonie (avec le départ fracassant de l’actrice Adèle Haenel - victime d’abus sexuels dans l’adolescence - de la réalisatrice Cécile Schiamma et d’autres personnalités), dans les médias et les réseaux sociaux. Chacun y est allé de son avis, pour ou contre Polanski. Je retiens surtout le texte écrit par l’écrivaine Virginie Despentes, qui exprime à merveille le désarroi et le sentiment d’humiliation vécu par beaucoup de victimes de viol, car elle sait de quoi elle parle, puisqu’elle a été elle-même victime d’un viol. Beaucoup de féministes affirment qu’il faut arrêter de glorifier Polanski, alors qu’il traîne beaucoup de casseroles, qu’il ne faut pas regarder ses films et qu’il devrait arrêter de les tourner. D’autres disent qu’il faut séparer l’artiste et son œuvre, car, si on continue comme ça, alors il faudrait clouer tout le monde au pilori et que, à la fin, il ne resterait personne. D’autres, comme l’inénarrable Bernard-Henri Lévy, soutiennent que ces attaques contre Polanski relèvent de l’antisémitisme, car on attaquerait Dominique Strauss-Kahn, Harvey Weinstein et Romain Polanski à cause de leur nom à consonance juive. Bref, on aura tout vu !

Que faut-il penser de tout cela ? Bien évidemment, il me semble absurde d’affirmer que Polanski n’a pas le droit de faire des films, sous prétexte qu’il est accusé d’avoir violé douze femmes. Il est un cinéaste immense et bourré de talent et je suis sûre que son dernier film est excellent – je n’ai pas vu tous ses films, loin de là, mais je n’oublie pas Le Pianiste, que j’ai trouvé excellent. Cependant, le fait qu’il se comporte comme si de rien n’était, sous prétexte que ces faits appartiennent au passé (donc, prescrits) et, pire encore, qu’il s’érige comme Paladin de la justice me choque profondément – je ne peux pas m’empêcher de penser à Bertrand Cantat qui se présente comme un poète maudit victime de la société, ceci malgré son crime. On me dira que Polanski a droit à la présomption d’innocence. C’est vrai. Cependant, lorsque douze femmes l’accusent de viol, on a quand même le droit de se poser des questions. En plus, cerise sur le gâteau, Polanski a affirmé dans une interview réalisée par Jean-Pierre Elkabbach en 1978 (dont la vidéo circule actuellement sur internet) sa préférence pour les adolescentes de 14 ans, tout en s’estimant heureux parce que le fait d’avoir des rapports sexuels avec une gamine de 14 ans n'était pas, à l’époque, un crime en France. Or, à mon avis, un homme qui a une attirance sexuelle pour des adolescentes a sûrement un problème et il devrait aller voir un psy. Très honnêtement, je ne comprends pas pourquoi on continue de porter Polanski aux nues, alors que Matzneff, Ruggia et Beyer sont passés à la trappe sans états d’âme. Touche pas à Polanski, car il est un cinéaste talentueux et, en plus, un survivant de la Shoah ? S’il était un simple ouvrier, un Africain noir ou un Arabe, aurait-il eu tous ces soutiens ? J’en doute.

Beaucoup se demandent pourquoi ces femmes n’ont pas porté plainte contre lui au moment des faits. La réponse est simple : ces affaires ont été étouffées dans l’œuf et on les a dissuadé de porter plainte contre lui, celles s’étant risquées se sont fait traîner dans la boue par les médias. En effet, comment porter plainte contre une célébrité comme lui ? Et comment porter plainte quand on est victime d’un viol tout court ? Pour beaucoup de femmes, le fait de porter plainte est un parcours du combattant, semé d’embûches : on met en doute leur sincérité, leurs témoignages, on leur pose des questions sur leur tenue vestimentaire, sur les dessous qu’elles portaient ce moment-là, sur l’endroit (et le moment de la journée) où elles se trouvaient lorsque le viol a eu lieu. Bref, les victimes deviennent coupables. En plus, le plus souvent, il s’agit de parole contre parole, donc c’est difficile de prouver quoi que ce soit, car le violeur dira toujours qu’il s’agissait d’une relation librement consentie. Et ne parlons même pas des menaces faites aux victimes si elles osent porter plainte ! Pour information, je connais des femmes –y compris dans ma famille – qui ont été victimes de viol, mais qui n’ont pas osé porter plainte pour toutes ces raisons.

Pour ma part, je n’ai jamais été victime d’un viol, mais d’une agression sexuelle. C’était il y a trente ans. J’avais 18 ans, j’étudiais en première année à l’université. Un matin dans le métro aux heures de pointe, quand tout le monde est collé serré, j’ai subi des attouchements de la part d’un homme. C’était un homme d’apparence « normale », un mâle blanc, d’une quarantaine d’années, portant avec lui un attaché case. Une allure de cadre, pas celle d’un voyou ou d’un délinquant. Pourtant, je n’étais pas habillée d’une façon aguicheuse. Je portais un gros pull, des jeans et un gros manteau que j’aurais dû boutonner. En plus, je portais de grosses lunettes. Pas le look de fille sexy et « facile ». Lui, il a tout simplement profité du fait qu’on soit serrés comme des sardines pour toucher mon entrejambe de façon appuyée. Moi, j’étais sidérée, tétanisée. Je ne savais pas quoi faire. Je me demandais « pourquoi moi ? » et « qu’est-ce que j’ai fait pour mériter cela ? ». J’ai eu envie de lui coller une baffe ou de lui dire « bas le pattes, connard ! », mais je n’ai pas osé. Pendant plusieurs années, j’ai oublié cet épisode (cela ne m’a pas empêché de vivre ma vie, heureusement), mais le mouvement #meetoo me l’a soudainement fait remonter à la surface dans ma mémoire. Je me demande ce que j’aurais pu faire. Vous auriez fait quoi à ma place ? Surtout, ne  me dites pas que vous lui auriez collé une baffe, car c’est trop facile de dire cela quand on n’a jamais vécu ce genre de situation. Je me demande aussi s’il a agressé sexuellement d’autres femmes et j’espère sincèrement qu’une d’entre elles ait eu le courage de lui coller une baffe bien méritée.

C'est pourquoi je soutiens Adèle Haenel et Virginie Despentes, car quoi qu’on en dise, toutes les femmes victimes d’un viol ou d’une agression sexuelle ne sont pas capables de « pardonner » à leurs agresseurs comme l’a fait Samantha Geimer. Pour moi, ces crimes ne devraient jamais être prescrits et ces douze femmes devraient avoir l’opportunité de traduire Polanski en justice.

Sur ce, merci Adèle, merci Virginie.

Image par Alexas_Fotos sur Pixabay

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18 février 2020

L'oasis portugaise

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Ceux qui aiment le foot en général et le foot portugais en particulier ont sûrement entendu parler d’un match qui s’est déroulé dimanche soir au Portugal. Tout le monde en parle, y compris ceux qui n’aiment pas ce sport, mais pas pour de bonnes raisons. En effet, un joueur noir, Moussa Marega, s’est emporté contre les supporters de l’équipe adversaire, qui ont entonné des chants racistes, imité des cris de singe et jeté beaucoup d’objets sur la pelouse, y compris une chaise. Or, Marega n’a pas, à juste titre, supporté cette situation et il a voulu quitter le terrain. Cependant, qu’ont fait ses camarades, l’arbitre et l’entraineur ? Rien. Les camarades de Marega et l’entraineur l’ont dissuadé de quitter le match et l’arbitre n’a pas daigné suspendre le match. Non, rien ne s’est passé. Circulez, il n’y a rien à voir, the show must go on. Tout ceci est justement ce qu’il ne fallait pas faire. Si ses camarades, l’entraineur et l’arbitre étaient des hommes, des vrais, s’ils avaient des couilles, ils auraient suspendu, voire mis fin à ce match de la honte.

Au Portugal, beaucoup de gens sont inquiets, car cela donne une mauvaise image du pays à l’étranger. Franchement, on dirait que ces gens-là ont hiberné pendant des années et qu’ils viennent tout juste de se réveiller et de découvrir qu’il y a du racisme au Portugal, non seulement dans le sport – il ne faut pas oublier que le joueur de foot Ricardo Quaresma a lui aussi été la cible d’attaques racistes, y compris dans les médias sportifs, puisqu’il est gitan – mais dans la société en général. En effet, la posture négationniste vis-à-vis du racisme au Portugal a toujours été de mise, car les Portugais « ne pouvaient pas être racistes », puisqu’ils « se sont mélangés » aux différents peuples en Afrique, en Asie et au Brésil pendant la « glorieuse épopée » de l’expansion maritime. Le Portugal serait, donc, une sorte d’oasis, un havre de paix contre le racisme et la xénophobie.

Or, comme je l’ai dit dans de nombreux billets dans ce blog, rien n’est plus faux. Pendant longtemps, le racisme et la xénophobie étaient une sorte de « maladie honteuse », car les gens hésitaient à afficher le vrai fond de leur pensée, l’antiracisme portugais étant une belle vitrine visant à promouvoir le Portugal à l’étranger. Cependant, j’ai entendu et lu depuis toujours des propos qu’on peut considérer comme racistes : les discours du type « je ne suis pas raciste, mais… », les propos paternalistes sur la soi-disant infériorité intellectuelle des noirs, les diatribes contre les gitans, la vieille rengaine contre les Arabes, ces « satanés infidèles », et les Juifs, ces « usuriers manipulateurs » (n’oublions pas que l’imaginaire collectif portugais est antimusulman et antisémite !), mais aussi des invectives du genre « retourne dans ton pays ». Oui, j’ai lu et entendu tout cela depuis mon enfance.

Que se passe-t-il maintenant ? Maintenant, les « racistes honteux » d’hier ont perdu la honte et affichent leur mentalité nauséabonde comme un trophée. Fini la honte, on s’assume et les autres peuvent aller se faire brosser ! Le Portugal aux Portugais et tous les autres n’ont qu’à déguerpir ! On voit cela dans les commentaires des lecteurs des journaux en ligne, dans les réseaux sociaux, à la télé – un néonazi notoire a même été invité à une émission à la télé ! –  dans la classe politique (André Ventura et son parti Chega, mais aussi le CDS-PP, un parti de droite de plus en plus conservatrice) et aussi dans la police (les agressions de noirs par les agents de police devenant de plus en plus fréquentes).

Eh oui, les gens se réveillent juste maintenant et ils ont honte (enfin, pas tous, malheureusement). Cependant, je trouve très important qu’on en parle, afin détruire le fameux mythe du Portugal comme une oasis antiraciste. Cependant, ce sentiment de honte suffira-t-il à faire changer les choses ? J’aimerais y croire, mais je n’y arrive pas.

Quelle est la solution ? Je ne vois qu’une : l’éducation (parce que la répression ne suffit pas). Pas seulement des enfants et des jeunes, mais aussi des adultes, car il n’est jamais trop tard pour apprendre à respecter les autres et à les considérer comme des êtres humains à part entière, indépendamment de leur ethnie, religion et orientation sexuelle.

Allez, mes chers compatriotes, au boulot !

 

Image par Dieter_G sur Pixabay

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05 février 2020

Du respect et de la responsabilité

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Vous êtes sûrement au courant de l’histoire de Mila, une jeune femme qui, suite aux avances d’un dragueur lourd (musulman, je crois) sur internet, qu’elle a renvoyé sur les cordes – et elle a bien fait, car il ne faut pas se laisser faire ! – a publié une vidéo sur Youtube où elle dézinguait l’Islam, tenant des propos qui ont dérangé beaucoup d'internautes. Comme tout le monde sait, elle a reçu des tonnes d’insultes, ainsi que des menaces de mort et de viol.

Que faut-il dire de tout cela ?

D’une part, on a le droit de ne pas aimer les propos de cette jeune femme et de le lui faire savoir. Lorsque quelqu’un insulte et se moque des croyances d’autrui, on a le droit de s’indigner, car cela aussi relève de la liberté d’expression et cela doit aller dans les deux sens. Par contre, a-t-on le droit de menacer quelqu’un tout simplement parce qu'on désapprouve ses propos ? Non, non et mille fois non ! On a eu les frères Kouachi en 2015, qui ont préféré tuer l’équipe de Charlie Hebdo plutôt que d'intenter un procès (ce qui aurait été parfaitement légitime dans un état de droit comme la France). Franchement, on n’a pas besoin de cela et on ne veut pas d’autres frères Kouachi quelque part tapis dans l’ombre. Et puis, c’est quand même contradictoire de crier haut et fort que l’Islam est une religion d’amour, tout en menaçant de mort les mécréants, non ? En effet, on vit dans une drôle d’époque où les gens supportent de moins en moins le débat contradictoire. Dans les réseaux sociaux (juste pour donner un exemple), soit on refuse de discuter et on supprime les commentaires qui dérangent (dans le « meilleur » des cas), soit on invective et on menace. Ce monde devient vraiment fou !

D’autre part, je me demande si quelqu’un a expliqué à cette jeune femme les dangers de s’exposer sur internet comme elle l’a fait, au point de risquer non seulement sa vie, mais aussi celle des siens. Je me demande si ses parents et si la communauté éducative où elle est insérée lui ont expliqué que des torrents de haine se déversent sur internet, qu’il faut se protéger et que Google n’oublie jamais rien, car même si elle supprime ses profils sur les réseaux sociaux, sa vidéo où elle critique l’Islam a été reprise et partagée un peu partout, et que cela pourra avoir des répercussions dans sa vie d’adulte.

Mila critique l’Islam dans des termes limite orduriers, en bonne laïcarde bien franchouillarde. Pourtant, que sait-elle vraiment de l’Islam ? Pas grand-chose, comme la plupart des gens. Très honnêtement, je pense qu’il faut savoir de quoi on parle lorsqu’on critique quelque chose. Je peux me moquer du catholicisme, car j’ai baigné là-dedans depuis mon enfance, bien que je sois agnostique. Pourtant, je ne me hasarderais pas à faire de l’humour sur Dieu, Jésus ou Marie devant un croyant, car, comme disait Pierre Desproges, on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. Pour l’Islam, c’est pareil. Il y a certaines choses qui me dérangent dans cette religion, comme la négation du droit à l’apostasie, le jeûne du Ramadan (car cela droit être extrêmement dur de ne pas pouvoir manger ni boire pendant toute la journée, surtout lorsqu’on doit travailler ou aller à l’école), certaines traditions comme l’excision féminine et les inégalités entre les sexes (bien que je me demande si cela relève du Coran ou tout simplement du droit coutumier), le port obligatoire du voile (qui devrait être une option) prôné par les intégristes, et bien évidemment le wahabisme et le salafisme. Par contre, j’aime la véritable définition du Jihad, qui n’est pas une guerre sainte quelconque, mais un combat spirituel afin que chacun devienne meilleur. En plus, il ne faut pas réduire l’Islam aux courants extrémistes, car il y a aussi des courants progressistes, comme la branche Ismaélite. Voilà donc tout ce que je sais sur l'Islam, ce qui n'est pas grand chose. Je m'abstiens ainsi d'en parler davantage.

Que faut-il faire pour qu’il n’y ait pas d’autres Mila, pour que ces histoires ne se répètent pas ? Tout d’abord, il faut éduquer les gens (et pas seulement les jeunes) à l’apprentissage des règles élémentaires de respect, comme le fait de savoir argumenter et discuter d’une façon saine, au lieu d’invectiver et menacer les autres. Ensuite, il faut aussi éduquer les gens face aux risques des réseaux sociaux, pour qu'on les utilise d'une façon responsable. Et, enfin, il faut vraiment enseigner le fait religieux à l’école (attention, je ne parle pas de catéchisme ni d’endoctrinement !), car un peu de culture générale ne fait de mal à personne et peut nous aider à distinguer le vrai du faux.

En attendant, on ne peut qu’espérer que Mila et les siens pourront souffler et que ce triste épisode n’aura pas d’autres répercussions plus graves.

Image par Andy Still sur Pixabay

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Posté par lusitanie à 14:02 - Permalien [#]