Lettres lusitaniennes

10 juin 2019

Lettre au Portugal

Cher Portugal,

Cela fait longtemps que j’ai envie de t’écrire, mais je n’ai pu le faire que maintenant. Puisque c’est le jour de ta fête, j’ai des choses à te dire.

Tu sais, je suis très inquiète pour toi. Ces dernières années, tu étais très malade. En effet, c’était de ta faute, car tu as eu les yeux plus gros que le ventre, tu as fait plein de conneries et tu t’es laissé manipuler par une équipe médicale qui t’a prescrit un traitement si violent qui t’a mis plus bas que terre. Tes conneries ont fait beaucoup de mal à tout le monde et certains ont claqué la porte en te laissant seul, car, il faut le dire, on pète les plombs à cause de toi. En plus, ce n’est pas la première fois que ces choses-là t’arrivent!

Apparemment, tu sembles aller mieux, mais, malgré tout, je suis toujours inquiète. Pourquoi? Parce que, apparemment, tu n’as rien compris et tu n’as rien appris. Puisque tu te sens mieux, tu crois que tout va bien et tu peux tout recommencer. Il suffit qu’on te cire les pompes, qu’on te dise que tu es le Roi du monde et ça y est, tout part en vrille. Tu sais quoi? Tu ressembles à un vieillard gâteux qui a pris trop de Viagra et se prend pour Rocco Sifredi. Cependant, je suis désolée, mais tu ne lui ressembles pas : lui-même a arrêté ses galipettes devant les caméras, tandis que toi, tu te prends encore pour un étalon. Oui, il faut avouer que tu n’as pas perdu ton charme, mais, à ton âge, un peu de sagesse ne te ferait pas de mal. Tu as plus de huit cent ans, quand même! Tu devrais être un exemple pour les autres, au lieu de te prendre pour un Casanova sénile! Tu sais, Viagra a beau provoquer des sensations exquises (d’après ce qu’on dit), mais, très honnêtement, je ne crois pas que ce soit une bonne idée de le prendre… À ton âge, et compte tenu de ton état de santé, tu devrais mener une vie saine. Arrête donc de faire n’importe quoi.

J’en profite pour te dire autre chose : débarrasse-toi de tous ces lèche-bottes qui te flattent en permanence. Fuis ces mauvaises fréquentations qui te donnent de mauvais conseils et ne te veulent pas forcément du bien. Mais, enfin, pourquoi l’avis des autres est-il si important pour toi? À mon avis, tu devrais aller voir un psy. Il faut que tu prennes soin de toi, car il y en a marre  de ton comportement limite bipolaire.

Non, cher Portugal, tu n’es pas le Roi du monde. Je suis désolée de te décevoir, mais c’est la vérité.  Tu as encore plein d’atouts mais il faut que tu prennes soin de toi. Tout d’abord, il faut que tu arrêtes de regarder sans cesse vers le passé, il faut que tu le regardes d’une façon lucide, sans essayer de l’enjoliver. Il faut aussi que tu apprennes à t’aimer, sans qu’on te cire les pompes. Ceci est la clé d’une vie plus saine.

Voilà, mon cher Portugal, sois sage et ne fais pas de conneries.

Au revoir et à bientôt.

portugal-26886_1280

Posté par lusitanie à 09:38 - Permalien [#]


14 mai 2019

La dictature du pastel de nata

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Je vais vous parler d’une chose très agréable. Si vous êtes gourmand(e), le sujet vous plaira : les pastéis de nata.

Pour ceux qui ne les connaissent pas, ce sont des petits gâteaux faits avec de la pâte feuilletée, du lait, des œufs, de la farine – attention, ne pas confondre avec le flan parisien, car cela n’a rien à voir. On peut trouver des pastéis de nata partout au Portugal, du nord au sud. C’est pour cela qu’ils sont le produit pâtissier le plus connu et le plus populaire là-bas. Personnellement, j’adore et je ne dis jamais non à un petit pastel de nata (pastel étant le singuler de pastéis).

Pourtant, et c’est là que le bât blesse, je ne trouve rien d’autre lorsque je me rends dans une pâtisserie dont les propriétaires sont portugais – heureusement que je peux trouver une plus grande variété de gâteaux et de pâtisseries au supermarché portugais dans le département où j’habite. C’est vrai : à part les pastéis de nata, on ne trouve rien d’autre. Que dalle. Rien, Niente. Nada. On dirait qu’au Portugal on ne bouffe rien d’autre !

En plus, j’ai lu dans journal La voix du Nord un article relatif à une pâtisserie portugaise qui a ouvert ses portes à Lille et qui ne vend que des pastéis de nata. Son propriétaire est un ancien banquier qui a travaillé dans la finance en Écosse (chez Morgan Stanley, excusez du peu !) avant de s’installer en France. Si c’était un luso-descendant qui ne connaissait pas grand-chose du Portugal, on pourrait comprendre, mais là, je ne comprends pas. Je suis sûre qu’il connaît d’autres desserts et d’autres pâtisseries portugaises, puisqu’il a fait toutes ses études au Portugal. Alors pourquoi ne présenter que ces satanés pastéis de nata ?

En effet, il s’agit d’une tendance très dangereuse d’essentialisation culturelle. On ne présente que des stéréotypes, que des choses censées être typiques, comme si la culture et la gastronomie portugaise se résumaient au fado, au coq de Barcelos, aux troupes folkloriques, aux chanteurs « pimba », à la morue, au vin de Porto et aux pastéis de nata. Or, le Portugal n’est pas que cela, c’est plus que cela : c’est un pays avec une culture variée et très riche, héritière d’influences celtiques, juives, musulmanes, germaniques et méditerranéennes.

Si on veut promouvoir son pays, il faut le promouvoir dans toute sa richesse et toute sa diversité. Autrement, il vaut mieux ne rien faire, plutôt que de faire n’importe quoi.

Photo de Daria Shevtsova sur Pexels

Photo de Daria Shevtsova sur Pexels

 

Posté par lusitanie à 12:25 - Permalien [#]

Comment promouvoir la culture de son pays sans être chauvin ?

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Lorsque je suis arrivée en France en 2000, afin d’enseigner le portugais dans une université, j’ai fait la connaissance d’un collègue brésilien, installé en France depuis les années 70. Il avait fui la dictature militaire mise en place en 1964, avec son lot de violations des droits de l’Homme, de tortures, d’emprisonnements et d’exécutions arbitraires.

Ce collègue enseignait le portugais (norme du Brésil), la littérature et la culture brésilienne. Il m’a raconté à plusieurs reprises qu’il n’hésitait pas à parler des problèmes du Brésil pendant ses cours de littérature et de culture brésilienne. « Il ne faut surtout pas compter sur moi pour faire de la propagande du tourisme brésilien ni de propager des stéréotypes sur le Brésil ». Malgré les objections de certains collègues, cette approche – que je trouve tout à fait honnête et légitime – ne l’a jamais empêché d’être apprécié par les étudiants - je peux même affirmer qu’il était un des enseignants préférés au sein du département de portugais.

Pourquoi je parle de mon ancien collègue ? Pour dénoncer une certaine approche chauviniste de la promotion de la culture portugaise en France : on porte aux nues l’équipe de foot portugaise, quitte à éveiller des sentiments de haine (j’en sais quelque chose et j’en ai vu des vertes et pas mûres, malheureusement) et on met en évidence le fait que le Portugal soit considéré comme la meilleure destination touristique au monde, quitte à occulter les problèmes relatifs au tourisme de masses qui détruit la qualité de vie dans les grandes villes portugaises.

Pour ma part, je veux bien promouvoir la culture portugaise. En tant qu’enseignante de langue, ce n’est pas difficile : lorsque les étudiants apprennent à commander un repas, il suffit de leur présenter des spécialités gastronomiques portugaises ; lorsqu’ils apprennent à poser des questions sur la meilleure façon de se déplacer en ville, on peut leur présenter les monuments et les musées à visiter ; lorsqu’on parle des saisons et du temps chronologique, quoi de mieux que de parler des fêtes nationales portugaises ? Enfin, quand on parle des habitudes de la vie quotidienne, on peut aussi parler des différences culturelles entre les portugais et les français. Comme quoi, c’est facile, agréable et enrichissant de présenter sa culture.

Pourtant, faut-il pour autant présenter son pays comme le Paradis terrestre et occulter ses problèmes, afin de ne pas « effrayer » nos interlocuteurs, qui risqueraient de se désintéresser du Portugal, surtout dans un contexte où l’enseignement du portugais en France est mis à mal par les politiques successives des différents gouvernements ? Non, non et non. Pourtant, moi aussi, je fais mon mea culpa. Pendant longtemps, moi aussi j’ai propagé des stéréotypes relatifs au Portugal, comme les pastéis de nata (alors qu’on n’a pas que cela), et j’ai donné des conseils de voyage que je regrette amèrement, comme le tram n° 28 à Lisbonne, qui est pris d’assaut par les touristes, au gram dam des riverains. Maintenant, je n’hésite pas à parler de ce qui ne va pas. Je n’hésite pas non plus à dire ce qu’il faut éviter et ne pas faire quand on va au Portugal. On peut – je dirais, ON DOIT – promouvoir la culture de son pays d’une façon responsable.

Ceci dit, ce n’est pas à nous, portugais en général et enseignants de portugais en particulier, de faire la propagande du Portugal en France. On ne nous a jamais payés pour cela. Que l’AICEP et autres institutions portugaises s’en occupent, car c’est leur boulot, pas le nôtre.

CQFD.

Photo prise par l'auteur du blog

Photo présentée par l'auteur du blog

 

Posté par lusitanie à 12:09 - Permalien [#]

07 mai 2019

Enseignement du portugais en France – à quand un véritable réseau lusophone ?

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Hier, j’ai lu une tribune publiée dans le journal portugais Lusojornal, rédigée par Christophe Gonzalez, président de l’ADEPBA – Association pour le développement du portugais et de la lusophonie.

Dans sa tribune, le président de l’ADEPBA déplorait à juste titre la fin de l’enseignement du portugais dans le cadre du Baccalauréat, ainsi que son éternelle relégation au statut de « langue rare », alors que le portugais est la troisième langue européenne la plus parlée dans le monde. On ne peut qu’être d’accord là-dessus.

Cependant, qu’a fait l’ADEPBA ? Elle a lancé une pétition tout à fait pertinente –que j’ai non seulement signée, mais aussi diffusée – mais qui a été signée toujours par les mêmes : des écrivains portugais comme Lídia Jorge, Alice Vieira et Teolinda Gersão, des professeurs d’université portugais comme Clara Crabbé Rocha et Nuno Júdice, ainsi que le professeur Luís Maffei de l’Université fédérale de Rio de Janeiro, entre autres. Pourquoi pas, mais a-t-on sollicité le soutien des intellectuels français pas forcément liés au monde lusophone, mais qui défendent le multilinguisme ? Et quid des institutions lusophones, comme les ambassades et les consulats, ainsi que les Chambres de commerce et industrie franco-portugaise et franco-brésilienne ? La tribune mentionne la réaction de l’ambassadeur portugais – et, encore une fois, le sempiternel discours relatif à la communauté portugaise en France – mais quid de la réaction des ambassadeurs du Brésil, de l’Angola, du Cap-Vert ou de São Tomé et Príncipe ?

En lisant cette tribune, j’ai eu l’impression que l’enseignement du portugais en France est une affaire exclusivement portugaise. J’ai peut-être tort, mais c’est vraiment l’impression que j’en retire. En effet, il paraît que, à part France Info, la pétition a été exclusivement relayée par des médias portugais au Portugal et en France. Quid des médias brésiliens et des autres pays de langue portugaise ? Et quid des médias français ?

Et puis, c’est très bien de faire signer la pétition par des personnalités du monde de la culture portugaise, mais, franchement, le gouvernement s’en fout de toutes ces personnalités - je parie même que Macron, Philippe, Blanquer et Riester ne savent même pas qui est tout ce beau monde des lettres portugaises!

Très honnêtement, l’ADEPBA a, encore fois, tout faux, en réemployant des stratégies qui n’ont jamais – à ma connaissance – porté des fruits. Non, ce n’est pas comme ça qu’on fait avancer le schmilblik.

À mon avis, voilà ce qu’il faut faire :

1 – en finir avec le discours communautariste et identitaire des portugais (en France, mais aussi au Portugal) relatif à l’enseignement du portugais : l’État et l’opinion publique française n’accepteront jamais un discours qui ressemble à des revendications identitaires. Et puis, il faut le dire, même si cela fera grincer les dents de certains, la communauté portugaise en France n’a jamais fait quoi que ce soit pour la promotion de la langue portugaise dans l’Éducation nationale : en effet, le portugais a été introduit dans l’enseignement supérieur français à la fin de la Grande guerre grâce à Georges Le Gentil (ça ne s’invente pas), un attaché militaire établi à Lisbonne et amoureux de la langue et culture portugaise. Pour l’enseignement secondaire, c’est grâce à Solange Parvaux, inspectrice de l’Éducation nationale, que le portugais a été introduit, malgré les réticences de la communauté portugaise, qui redoutait l’idée que n’importe qui puisse enseigner le portugais ;

2 – faire appel à des intellectuels français pas forcément liés au monde lusophone, mais qui défendent le multilinguisme et la diversité culturelle, comme Claude Hagège, entre autres. Sans l’aide des intellectuels français, la lutte pour l’enseignement du portugais ne dépassera jamais la sphère communautaire ;

3 - mobiliser le monde des entreprises, pas uniquement les Chambres de commerce et industrie franco-portugaise et franco-brésilienne, mais toutes les entreprises françaises qui opèrent à l'international, notamment celles qui investissent dans les pays de langue portugaise. Il ne suffit pas de dire que le portugais c’est bien pour les affaires. Il faut le démontrer par des exemples concrets et – pourquoi pas ? – des témoignages ;

4 – créer des synergies entre tous les acteurs économiques, institutionnels et culturels lusophones présents en France, afin de démontrer la dimension internationale de la langue portugaise.

C’est difficile à faire ? Oh que oui ! C’est pourquoi il faut un vrai rassemblement de tous les lusophones en France pour changer la donne.

Ensemble, nous serons plus forts. Divisés, nous sombrerons.

 

eu falo português

 

Posté par lusitanie à 11:27 - Permalien [#]

16 avril 2019

Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de France, Notre-Dame du monde

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

J’ai commencé à apprendre le français à l’âge de dix ans, en sixième. Ayant de la famille en France (que je voyais tous les ans au mois d’août) et en Tunisie, apprendre le français était pour moi une évidence. J’ai tout de suite aimé cette langue (grâce aussi à une de mes tantes qui vit en région parisienne et qui a toujours su entretenir la flamme). Je ressentais la joie de déchiffrer un code secret. En effet, apprendre une langue c’est cela : dévoiler les mystères entourant d’autres langues, pays et cultures.

Un an après, en cinquième, nous avons étudié les monuments de Paris dans nos cours de français. J’ai eu tout de suite envie de connaître cette ville et ses monuments. Ma sœur jumelle et moi, nous nous sommes promis que nous serions un jour à Paris.

C’était chose faite en 1990. Ma sœur et moi, nous avons enfin pu nous rendre à Paris. Nous avons voyagé dans le fameux Sud Express, qui reliait à l’époque Lisbonne et Paris. Lorsque nous sommes arrivées à la mythique Gare d’Austerlitz, notre tante nous attendait déjà. Ce fut le début d’une semaine qu’on ne sera jamais près d’oublier.

Bien évidemment, nous sommes allées à l’Île de la Cité afin de visiter la cathédrale de Notre Dame. Cela aussi, c’était une évidence. Aller à Paris sans aller voir Notre Dame était tout simplement inconcevable.

Or, Notre Dame n’est plus ce qu’elle était depuis hier soir. Un incendie l’a ravagée, provoquant le choc et la sidération à Paris, en France et partout dans le monde. Pourquoi cela est-il arrivé ? On ne sait pas trop pour l’instant. Apparemment, l’incendie a commencé dans les combles, pendant les travaux. D’après un architecte qui s’est exprimé hier sur France-Info, il y a toujours eu des incendies pendant des travaux de rénovation et, qui plus est, le protocole de sécurité n’aurait pas été respecté. Selon le magazine L’Express, la cathédrale était déjà en danger, ayant besoin de travaux de grande envergure. Rien d’étonnant, compte tenu du désengagement de l’État…

Pour l’instant, c’est la sidération unanime de la part de la classe politique. Tous les dirigeants des différents partis ont affiché leur consternation face à cette catastrophe. Bref, pour l’instant, il y a une sorte d’unité nationale. Jusqu’à quand ? À mon avis, cette unité se brisera vite fait. Préparons-nous aux polémiques politiciennes, aux théories complotistes et aux blagues douteuses (que j’ai pu lire, par exemple, dans une page d’un humoriste portugais sur Facebook).

Notre-Dame se relèvera-t-elle un jour ? Cela prendra du temps, beaucoup de temps. Notre-Dame de Paris n’est pas que la cathédrale de Paris, mais un véritable symbole de la France et un joyau du patrimoine mondial.

Oui, Notre-Dame se relèvera. Car Notre-Dame c’est Paris, qui s’est toujours relevée de ces blessures.

Image parRCbass de Pixabay

Image parRCbass de Pixabay

Posté par lusitanie à 09:48 - Permalien [#]


08 avril 2019

Enseignement du portugais en France : pour en finir avec le discours communautariste et identitaire

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Si vous êtes au courant des actualités relatives à l'enseignement du portugais en France, vous avez sûrement lu cette pétition, que je vous encourage à signer sans hésitation :

http://petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2019N50279&fbclid=IwAR3qcvteipZODO-46dO1PJHUAMf08wwlkxiuvN2gWNJcZzD2m-4OZaiJRsI

En effet, comme vous pouvez lire dans le texte de la pétition, le portugais risque d'être relégué au statut de "langue rare" au Baccalauréat. Or, c'est absolument scandaleux qu'une langue parlée dans les cinq continents soit encore considérée comme une langue rare ou une simple langue d'immigrés. Il est donc temps de retrousser les manches et faire quelque chose pour changer cette situation.

Cependant, il ne faut pas faire n'importe quoi. Le gouvernement portugais a affirmé récemment qu'il allait "sensibiliser" le gouvernement français relativement aux avantages de l'apprentissage de cette langue. C'est très bien. Ce qui est moins bien, c'est cet entêtement permanent à rabâcher le sempiternel discours relatif à la communauté portugaise en France, très nombreuse et "bien intégrée" (ce qui est très relatif). Pourquoi je déplore ce discours? Parce que ni le gouvernement français ni l'opinion publique française ne le comprendront et ne l'accepteront jamais. Si les portugais revendiquent l'enseignement du portugais uniquement pour leurs enfants, les français leur diront tout simplement qu'ils n'ont qu'à enseigner la langue à leurs enfants. Pour le français lambda, ces revendications relèvent du communautarisme et d'un discours identitaire typique de quelqu'un qui ne fait que regarder le nombril.

Or, justement, il faut arrêter de regarder le nombril. Si on veut vraiment promouvoir l'enseignement du portugais en France, il faut mettre en évidence l'universalité de notre langue et les avantages économiques, culturels et humains qui vont avec. Sinon, on va droit dans le mur.

Il est plus que temps de changer de cap.

away-1015268_1920

Posté par lusitanie à 11:35 - Permalien [#]

19 février 2019

Schizophrénie nationale

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Avez-vous déjà entendu parler de Monsieur F ? Monsieur F est un grand intellectuel français. Il est philosophe et membre de l’Académie française. Une position prestigieuse au sein de l’élite culturelle française et plus précisément parisienne.

Depuis le weekend dernier, on ne parle que de lui dans les médias. Pourquoi ? Parce que Monsieur F a subi des insultes de la part de quelques gilets jaunes, car il est juif. Bien évidemment, on ne peut que condamner ce genre de comportements, car il est un citoyen français, donc il a le droit de vivre en France. En effet, rien n'est pire que d'entendre des remarques du genre "retourne chez toi" et l'antisémitisme n'est pas une opinion, mais un crime. Là, il n'y a pas de doute. Attaquer quelqu’un à cause de ses origines, de sa confession religieuse ou de son orientation sexuelle est un crime. Tout le monde a le droit de vivre en paix et en sécurité et de ne pas être inquiété et molesté à cause de cela.

Cependant, je suis incapable de compatir avec Monsieur F. Je compatis avec la vieille dame juive assassinée par son jeune voisin islamiste, ainsi que le propriétaire du restaurant Bagelstein (et je profite pour applaudir son sens de repartie). Mais pour Monsieur F, là, je ne peux pas. Pourquoi donc ? Parce que tout le monde semble oublier que Monsieur F est un pyromane raciste et machiste de la même trempe qu’Éric Zemmour. Je me souviens encore et toujours de son argument pitoyable de défense de Roman Polanski lors de son procès pour le viol de Samantha Geitner : de toute façon, la jeune femme n'était pas vierge au moment des faits. Voilà, et si on avait violé la maman de Monsieur F ? Pas grave, de toute façon elle n'était pas vierge.  Je me souviens aussi de ses piques envers les jeunes de banlieue, car ils ne sont pas allés à l'enterrement de Johnny Hallyday (juste une pique parmi tant d’autres). Comme quoi, il faut aimer Johnny pour être un bon français. Franchement, Monsieur F, ses "certificats de francité", ses "mauvais points" décernés aux jeunes des cités, il peut les mettre là où il sait. Bien sûr que le fait de le traiter de « sale juif » n’est pas la meilleure façon de combattre ses idées néfastes et cela ne fait pas avancer le schmilblick, mais force est de constater que Monsieur F répand la haine et sème la discorde dans une France déjà très divisée. Sincèrement, comment peut-on soutenir quelqu’un qui affirme que le Rassemblement National est un « parti républicain » ? Par pitié, Monsieur F, arrêtez de prendre les français pour des imbéciles !

Il paraît que, aujourd’hui, il y aura des rassemblements dans toute la France contre l’antisémitisme. Très bien. Mais il ne faut pas compter sur moi pour y participer. Pourquoi ? Parce que tout cela est une mascarade. On s’indigne du fait que les juifs soient inquiétés parce qu’ils portent une kippa, mas dès qu’une femme musulmane décide de porter le voile, les esprits s’enflamment et tout le monde crie au scandale. Comme quoi, il y a un antiracisme à deux vitesses, ainsi qu’une laïcité à géométrie variable. Elle est où l’équité ? Elle est où l’égalité, la sacrosainte égalité qu’on proclame en permanence dans des discours enflammés ? La loi relative au port des signes religieux ne devrait-elle pas s’appliquer à tout le monde ? Là, franchement, on frôle la schizophrénie.

Si on est vraiment antiraciste, on lutte contre toutes sortes de discriminations, d’attaques et d’abus, indépendamment des origines, de la confession religieuse ou de l’orientation sexuelle des victimes. Sinon, c’est le bal des hypocrites.

coexist-1211709_1280

 

Posté par lusitanie à 09:50 - Permalien [#]

11 janvier 2019

Immigration et identité nationale

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Si vous suivez l’actualité récente en France, vous êtes sûrement au courant d’une initiative menée par de très nombreuses communes, qui ont ouvert des cahiers de doléances, afin de permettre aux citoyens de s’exprimer sur ce qui va mal dans le pays.

Je trouve cette initiative très louable. En effet, les citoyens doivent avoir le droit à la parole et pas uniquement lors des élections. J’apprécie l’idée d’une démocratie participative, grâce à laquelle on demande l’avis des citoyens avant l’application de certaines mesures.

Cependant, ce genre d’initiative peut avoir aussi des effets pervers. Pourquoi ? Parce qu’elle peut servir de vitrine à tout genre de revendications qui ne sont pas forcément justes. Dans de très nombreuses communes, les citoyens ont exprimé leur crainte d’une « immigration non contrôlée », qui mènerait à une « perte d’identité », ainsi qu’à une « augmentation des dépenses sociales ». Voilà, encore une fois, l’ « étranger » et l’« immigré » font figure d’épouvantail et sont la source de tous les fantasmes inavouables qui remontent à la surface.

Cela m’amène à poser cette question : Peut-on « perdre » son identité ? Si oui, comment ? Très honnêtement, je n’y crois pas. On ne perd pas l’identité comme on perd un trousseau de clés ou… une carte d’identité. On peut perdre son identité, oui, si on est contraint et forcé de le faire, comme cela a été le cas de nombreuses générations d’immigrés en France, au nom de la sacro-sainte idée de l’« assimilation ». Pourtant, je ne crois pas que les immigrés dénaturent l’« identité » de la France. Pourquoi ? Parce que l’identité n’est pas une chose figée, mais en évolution permanente, que ce soit l’identité de tout un chacun ou celle d’un pays. En ce qui me concerne, j’ai eu plusieurs vies : j’ai été écolière, collégienne, lycéenne, étudiante à l’Université, téléopératrice dans un centre d’appels, chômeuse, enseignante et, maintenant, travailleuse indépendante… j’ai aussi vécu dans deux pays et dans des villes différentes. Pourtant, bien que ces expériences m’aient transformée, je suis toujours moi. Pour la France, c’est pareil : elle a accueilli des peuples différents pendant des siècles et des siècles et ils se sont tous intégrés dans la société française – qui a, évidemment, changé, mais, enfin, la France c’est toujours la France.

Pour ce qui est de l’ « augmentation des dépenses sociales », cela exprime encore une fois le stéréotype de l’ « immigré », de l’ « étranger » qui vit des allocations sociales. Or, que dire des millions d’étrangers qui travaillent, qui cotisent pour la sécurité sociale et qui paient leurs impôts ? Pourquoi personne n’en parle ?

Il est plus que temps d’en finir avec ces fantasmes et avec ce rêve d’une France coupée du reste du monde (ce qui n’a jamais été le cas). Pour vous aider, je vous conseille quelques lectures : L’Histoire mondiale de la France de Patrick Boucheron, qui dépoussière un grand nombre d’idées reçues sur l’histoire de la France et ses rapports avec le reste du monde, et l’écrivain libanais Amin Maalouf, qui traite mieux que personne des questions liées à l’immigration et à l’identité.

Sur ce, puisque j’ai encore le temps, je vous souhaite une excellente année 2019.

passport-576913_1280

Posté par lusitanie à 12:37 - Permalien [#]

22 décembre 2018

Gare aux apparences!

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Comme certains ont pu lire hier dans les médias portugais en ligne, le mouvement des gilets jaunes a fait des petits au Portugal. Hier, c’était le Jour J, le jour du grand rassemblement des gilets jaunes un peu partout au Portugal.

Que veulent les gilets jaunes portugais ? Ils demandent, entre autres, l’augmentation du smic à 700 euros, des aides pour les microentreprises et les PME (comme la baisse de la TVA et de l’impôt sur les sociétés), la baisse de la TVA sur prix des carburants, ainsi que de l’électricité et de la redevance audiovisuelle, l’augmentation du montant des allocations de chômage et des pensions de retraite, entre autres. Bref, rien que des revendications légitimes.

Cependant, le résultat n’a pas été à la hauteur, car la mobilisation a été faible. Quelles sont les raisons de cet échec ? Beaucoup de portugais en France aiment bien persifler et dire tout le mal qu’ils pensent des portugais au Portugal, les accusant de faiblesse, de passivité et de n’aimer que le foot et faire la fête. Or, les raisons sont plus complexes :

1 – la date : faire des manifestations le vendredi était-il une bonne idée ? Ce n’est pas par hasard que les gilets jaunes manifestent les samedis. En plus, la période de Noël est la moins propice pour organiser une manifestation ;

2 – la présence de membres de mouvements d’extrême-droite : les médias portugais ont mis en avant la présence de membres du PNR, un parti d’extrême-droite. Ceci n’a rien de surprenant, puisque cela a été (et c’est encore) le cas en France. Mais ce détail était suffisant pour refroidir certains esprits, car, pour eux, il était hors de question de défiler avec des fachos.

3 – l’effet d’imitation : beaucoup de portugais au Portugal n’ont pas particulièrement apprécié la manie d’imiter tout ce qui vient de l’étranger. En plus, ils craignaient des actes de violence car, pour eux, les gilets jaunes français sont assimilés à des casseurs.

Donc, voilà, cet échec renforce le stéréotype de la passivité des portugais. Mais est-ce vraiment le cas ? Eh bien, non. Si on analyse l’histoire du Portugal, on verra que les portugais se sont toujours révoltés contre les injustices : prenons, par exemple, la crise de 1383-1385, les révoltes contre la domination espagnole en 1640, les révoltes contre l’occupation du pays par les troupes napoléoniennes, celles de Patuleia et Maria da Fonte vers 1840, entre autres. L’histoire récente a aussi son lot de mobilisations citoyennes. Il y a eu, bien sûr, la Révolution des Œillets, mais aussi beaucoup d’autres : en 1976, le gouvernement voulait construire une centrale nucléaire dans le village de Ferrel, au Nord de Lisbonne. Cependant, les mouvements écologistes et la population en général se sont mobilisés et le gouvernement a dû faire marche arrière. En 1995, le gouvernement voulait construire un barrage à Foz Côa, un endroit où l’on avait découvert des gravures rupestres à ciel ouvert (un cas unique dans le monde). Cependant, il a dû y renoncer face à l’indignation générale. En 1999, il y a eu une marche blanche en faveur de l’indépendance de Timor Oriental. Enfin, plus récemment, il y a eu une grande manifestation contre la Taxe Sociale Unique, forçant le gouvernement dirigé par Pedro Passos Coelho à y renoncer.

Alors, les portugais sont-ils passifs et mollassons ? Gare aux apparences !

yellow-vests-3854259_1920

 

Posté par lusitanie à 08:45 - Permalien [#]

14 décembre 2018

Jamais deux sans trois?

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Si vous avez suivi attentivement l'actualité, vous avez appris que le gouvernement est prêt à faire des concessions et à appliquer des mesures visant à améliorer le pouvoir d'achat et à promouvoir une transition écologique socialement juste.

Cependant, un grand nombre de gilets jaunes n'a pas l'intention de lâcher l'affaire, car certaines mesures présentées par le gouvernement (dont la soi-disant augmentation du smic) sont vues comme des "mesurettes" qui ne changeront rien à la donne. Ils vont, donc, poursuivre leurs manifestations, car, quoi qu'on dise et malgré l'attentat à Strasbourg, la démocratie et le droit de manifester ne peuvent pas être pris en otage par la lutte contre le terrorisme.

Pourtant, j'avoue que, malgré ma solidarité, les gilets jaunes m'inquiètent, car ils exigent la démission de Macron. J'avoue que je suis très déçue par l'action politique du président de la République. Comme beaucoup de gens, je suis choquée par ses attitudes de fils à papa gâté par la vie envers "les gens qui ne sont rien", son mépris de bourgeois envers les plus défavorisés, les traitant de "fainéants", de "gaulois réfractaires" et les enjoignant de "traverser la rue pour trouver du travail". Comme beaucoup de gens, je suis choquée par la suppression de l'ISF et sa transformation en IFI, qui favorise les riches, car on ne taxe pas leur capital, mais uniquement leurs revenus immobiliers. Malgré cela, je ne souhaite pas la démission de Macron.

Pourquoi je ne souhaite pas sa démission? D'abord, cela ne règlera rien. Ensuite, s'il démissionne, qui sera en mesure de le remplacer? Les Socialistes? Leur parti est plus bas que terre. Les Républicains? Ce n'est guère mieux, puisqu'ils sont divisés et leur chef de file affiche des propos démagogiques les uns après les autres, un véritable Concours Lépine de la démagogie. La France Insoumise? Son rôle dans l'opposition est parfait, mais les tendances totalitaires de ses dirigeants me font peur, ainsi que leur sympathie envers Poutine, Maduro et autres despotes. Le Rassemblement National? Beaucoup de français sont prêts à voter pour ce parti. Ils se disent que, après avoir été déçus par la gauche, la droite et La République en marche, ils n'ont plus rien à perdre.

Et là, j'ai peur. Cela risque de repartir de plus belle. En 2002, j'ai vécu le second tour de l'élection présidentielle comme un véritable traumatisme. L'année dernière, rebelotte. Et en 2022, va-t-on remettre cela? Comme dit le proverbe, jamais deux sans trois. Le pire, c'est que beaucoup de portugais et lusodescendants aiment bien Marine Le Pen, car elle "aime les portugais", "déjeune dans un restaurant portugais" à Nanterre et, pire encore, parce que, selon eux, "il y a trop d'étrangers et de migrants".

Qu'est-ce qu'on peut faire pour éviter cela? Pour ma part, je vais voter en 2022. Puisque j'ai obtenu la nationalité française l'année dernière (après beaucoup d'efforts, y compris financiers), voter est la moindre des choses. Je n'ai jamais vécu sous un régime politique dominé par l'extrême-droite et je ne veux pas savoir ce que cela fait. Donc, en 2022, je vote.

Quoi qu'on dise, le vote est un droit et une arme. Votnns, donc.

questions-1922476_1920

Posté par lusitanie à 10:19 - Permalien [#]