Chère lectrice, cher lecteur, bonjour,

Si vous suivez l’actualité récente en France, vous êtes sûrement au courant d’une initiative menée par de très nombreuses communes, qui ont ouvert des cahiers de doléances, afin de permettre aux citoyens de s’exprimer sur ce qui va mal dans le pays.

Je trouve cette initiative très louable. En effet, les citoyens doivent avoir le droit à la parole et pas uniquement lors des élections. J’apprécie l’idée d’une démocratie participative, grâce à laquelle on demande l’avis des citoyens avant l’application de certaines mesures.

Cependant, ce genre d’initiative peut avoir aussi des effets pervers. Pourquoi ? Parce qu’elle peut servir de vitrine à tout genre de revendications qui ne sont pas forcément justes. Dans de très nombreuses communes, les citoyens ont exprimé leur crainte d’une « immigration non contrôlée », qui mènerait à une « perte d’identité », ainsi qu’à une « augmentation des dépenses sociales ». Voilà, encore une fois, l’ « étranger » et l’« immigré » font figure d’épouvantail et sont la source de tous les fantasmes inavouables qui remontent à la surface.

Cela m’amène à poser cette question : Peut-on « perdre » son identité ? Si oui, comment ? Très honnêtement, je n’y crois pas. On ne perd pas l’identité comme on perd un trousseau de clés ou… une carte d’identité. On peut perdre son identité, oui, si on est contraint et forcé de le faire, comme cela a été le cas de nombreuses générations d’immigrés en France, au nom de la sacro-sainte idée de l’« assimilation ». Pourtant, je ne crois pas que les immigrés dénaturent l’« identité » de la France. Pourquoi ? Parce que l’identité n’est pas une chose figée, mais en évolution permanente, que ce soit l’identité de tout un chacun ou celle d’un pays. En ce qui me concerne, j’ai eu plusieurs vies : j’ai été écolière, collégienne, lycéenne, étudiante à l’Université, téléopératrice dans un centre d’appels, chômeuse, enseignante et, maintenant, travailleuse indépendante… j’ai aussi vécu dans deux pays et dans des villes différentes. Pourtant, bien que ces expériences m’aient transformée, je suis toujours moi. Pour la France, c’est pareil : elle a accueilli des peuples différents pendant des siècles et des siècles et ils se sont tous intégrés dans la société française – qui a, évidemment, changé, mais, enfin, la France c’est toujours la France.

Pour ce qui est de l’ « augmentation des dépenses sociales », cela exprime encore une fois le stéréotype de l’ « immigré », de l’ « étranger » qui vit des allocations sociales. Or, que dire des millions d’étrangers qui travaillent, qui cotisent pour la sécurité sociale et qui paient leurs impôts ? Pourquoi personne n’en parle ?

Il est plus que temps d’en finir avec ces fantasmes et avec ce rêve d’une France coupée du reste du monde (ce qui n’a jamais été le cas). Pour vous aider, je vous conseille quelques lectures : L’Histoire mondiale de la France de Patrick Boucheron, qui dépoussière un grand nombre d’idées reçues sur l’histoire de la France et ses rapports avec le reste du monde, et l’écrivain libanais Amin Maalouf, qui traite mieux que personne des questions liées à l’immigration et à l’identité.

Sur ce, puisque j’ai encore le temps, je vous souhaite une excellente année 2019.

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