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Lettres lusitaniennes

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Lettres lusitaniennes
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19 janvier 2026

Jour de deuil

Je suis en deuil.
Je suis en deuil pour le Portugal, le pays où je suis née et où j'ai grandi. 
Je suis en deuil car, pour la première fois, un candidat d'extrême-droite arrive au second tour des élections présidentielles.
Il y a deux candidats au second tour : le socialiste (pour qui j'ai voté et pour qui je voterai) et celui d'extrême-droite. L'actuel Premier-ministre (d'un parti de droite), ainsi que son candidat perdant ne donnent pas de consigne de vote, contribuant ainsi à la normalisation d'un parti qui aurait dû être illégalisé depuis sa création en 2019.
Cependant, je ne suis pas étonnée : la situation économique est mauvaise pour beaucoup de gens - malgré la situation excédentaire du Portugal - et l'immigration provoque des boutons chez beaucoup de gens, qui s'en prennent aux immigrés pauvres, mais pas aux expatriés friqués qui s'installent au Portugal grâce à des avantages fiscaux dont on se demande quelle est leur pertinence.
Les Portugais aiment bien présenter une image flatteuse d'eux-mêmes : nous ne sommes pas racistes, contrairement aux Français/Anglais/Allemands, etc (rayer la mention inutile). Cependant, il y a toujours eu du racisme. Combien de fois j'ai entendu des propos et des blagues racistes et des discours du type "je ne suis pas raciste, mais..."? La fin de la dictature salazariste en 1974 n'a pas mis fin à une mentalité rance et fermée. Autrefois, les racistes faisaient profil bas, maintenant ils s'affichent sans aucune pudeur.
En France et en Allemagne, d'après ce que j'ai entendu hier sur France-Info, les Portugais ont voté massivement pour l'extrême-droite. Oui, des immigrés qui pètent plus haut que leur cul et se croient supérieurs à tout le monde, notamment en France : aux Arabes et aux Africains qui "vivent des allocations" et aux Français "qui font la grève tout le temps". Rien que dans l'aire consulaire de Marseille, le candidat d'extrême-droite a eu un pourcentage de 66,54 % (692 voix), tandis que le candidat socialiste a eu un pourcentage de 15,38 %, (160 voix).
Les résultats électoraux ont un "mérite" : la clarification. Fini les illusions, fini les faux-semblants. Le Portugal n'est pas le Paradis terrestre, mais un pays comme les autres.

Image générée par ChatGPT

 

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20 novembre 2025

Patriote, moi?

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour.

Hier, j'ai regardé une vidéo sur Facebook où l'on interviewait un chroniqueur portugais qui a le goût du contre-pied et, par conséquent, a une sacrée tendance à dire n'importe quoi. 

Que disait-il dans cette interview ? Il parlait de la notion de patriotisme. Pour lui, être patriote n'est pas verser dans le culte d'un passé mythifiée - notamment l'expansion maritime du XVIème siècle - ou soutenir l'équipe portugaise de foot. Pour lui, être patriote c'est veiller à la préservation de ce qui rend un pays unique et beau. Pour illustrer son propos, il a évoqué la spéculation immobilière dans le Sud-Ouest du Portugal. Dans cette région, il y a des endroits magnifiques, de belles plages et de beaux paysages naturels. Or, de plus en plus, des investisseurs - notamment étrangers - achètent des terrains afin de construire des hôtels et des copropriétés de luxe au bord de la mer, ce qui signifie la privatisation des plages de la région. Selon lui, rien ne sert de soutenir l'équipe de foot, alors que, si rien ne change, les habitants du coin ne pourront même plus aller à la plage. Une fois n'est pas coutume, je suis entièrement d'accord avec lui. 

En ce qui me concerne, est-ce que je suis patriote ? Non. Pas de le sens chauvin du terme (l'équipe de foot, l'expansion maritime, les "gloires" du passé). Mon patriotisme à moi est un patriotisme inquiet et énervé. Pourquoi ? Parce que le Portugal devient de plus en plus un pays pour les riches, alors que tous les autres (Portugais ou migrants) en prennent plein la gueule. Les salaires restent bas (avec un smic inférieur à 900 euros), tandis que la vie devient de plus en plus chère et même les jeunes diplômés songent de plus en plus à quitter le pays. 

Au Portugal il y a de plus en plus de crispations identitaires. L'extrême-droite s'en prend de plus en plus aux travailleurs migrants venus de l'Inde, du Maghreb ou du Bangladesh sous prétexte de l'augmentation de la criminalité. Pourtant, pas un mot sur le surtourisme, la dégradation du patrimoine, le coût de la vie et les avantages fiscaux immérités accordés aux télétravailleurs étrangers.

De plus, la loi d'acquisition de la nationalité devient de plus en plus dure, car le gouvernement et l'extrême-droite n'aiment pas les "Portugais d'occasion", c'est-à-dire, les portugais naturalisés, comme s'ils étaient des voitures d'occasion - c'est la version portugaise de l'expression "français de papier". Il s'agit d'une obsession de la pureté qui n'a aucune raison d'être, car il n'y a pas de "race" plus bâtarde que les Portugais, le fruit des différentes invasions tout au long de l'Histoire, bien avant l'indépendance du Portugal en 1147. 

Bref, à quoi bon cette obsession identitaire, alors que la vie devient de plus en plus difficile pour la population en général? Franchement, tout cela n'est pas du patriotisme, mais du chauvinisme le plus bête.

Est-ce que je suis patriote, moi? Oui. Est-ce que je suis chauviniste, moi? Non. Le chauvinisme est une bêtise sans nom qui n'aide pas du tout à résoudre les problèmes du pays. Le chauvinisme se complait dans l'immobilisme, sans aucune envie de changer et améliorer quoi que ce soit. Bref, une prison identitaire.

Image extraite de Pixabay.
 

 

 

 

17 février 2025

Être citoyen "de souche", est-ce un motif de fierté?

Chère lectrice, cher lecteur,

Il y a actuellement un débat aussi stérile qu'inutile sur le droit du sol, comme si les Français n'avaient pas d'autres soucis, comme le pouvoir d'achat par exemple.
Être un "citoyen de souche" et non "de papier", ça fait quoi exactement? Faut-il en être fier, alors qu'on est "citoyen de souche" tout simplement par hasard, car on est né dans son pays et ses parents, grands-parents et ancêtres aussi? À quoi cela sert d'être fier de sa soi-disant "pureté ethnique" quand on a du mal à joindre les deux bouts? En quoi le fait d'être un "citoyen de souche" nous rend-ils supérieurs aux autres et, surtout, meilleurs?
Moi, je suis "portugaise de souche". Et alors? Franchement, cela ne me fait ni chaud ni froid. Je suis née au Portugal parce que mes parents, grands-parents, arrière-grands-parents et leurs ancêtres sont nés là-bas - alors que j'aurais pu naître ailleurs, en Allemagne, par exemple, où mon père voulait se rendre juste après son service militaire pendant la guerre coloniale. Il y a de très belles choses au Portugal, une nature fantastique, une histoire très riche (avec ses moments glorieux et ses zones d'ombre qu'il ne faut pas occulter), une gastronomie excellente et tout et tout et tout, mais où il faut avoir des thunes pour y vivre décemment, ce qui est loin d'être le cas pour tout le monde. Et je suis devenue française car je remplis toutes les conditions pour le devenir et parce que, malgré tout, j'aime ce putain de pays, mais je ne vais pas pour autant commencer à me la péter, comme le font certains qui se croient supérieurs à la terre entière tout simplement parce qu'ils sont devenus des citoyens français.
Moi, j'ai des raisons d'être fière, mais cela n'a rien à voir avec mes origines : je suis fière d'avoir construit ma carrière - avec ses hauts et ses bas incessants, il faut le dire - sans avoir besoin d'être pistonnée. Voilà, ça oui, c'est une excellent raison d'être fière.
 
Sinon, tout le reste c'est de la littérature.
 

 

 

Image par Bianca Van Dijk sur Pixabay

16 novembre 2024

La dame aux œillets

Hier soir, j'ai appris une nouvelle bien triste. Celeste Caeiro, une dame portugaise, est décédée hier à l'âge de 91 ans.
Celeste Caeiro? Qui était cette dame? Ce n'était pas une personnalité du monde de la politique, des médias, des arts, de la culture ou de la chanson. C'était une simple dame qui a accompli un fait extraordinaire.
Le 25 avril 1974, Celeste Caeiro travaillait dans un petit restaurant à Lisbonne qui célébrait son premier anniversaire ce jour-là. Le patron avait acheté des œillets pour les offrir aux clients. Cependant, suite au mouvement des forces armées mis en place pour mettre fin à la dictature, le patron a décidé de ne pas ouvrir le restaurant et a dit aux employés de rentrer chez eux et d'emporter les fleurs.
Or, que s'est-il ensuite passé? Celeste Caeiro rentrait chez elle, avec un panier plein d'œillets, lorsqu'elle a croisé les soldats de ce mouvement militaire. Et vous savez quoi? Après avoir discuté avec un soldat qui se plaignait de ne pas avoir des cigarettes et lui avait demandé si elle n'en avait pas, elle lui a dit qu'elle ne fumait pas... et lui a donné un œillet. Qu'il a mis dans le canon de son fusil. Ensuite, Celeste Caeiro, ayant tout de suite saisi l'importance de ce geste, a donné tous ses œillets aux autres soldats, qui firent la même chose que leur camarade.

Voilà pourquoi on parle de la révolution portugaise du 25 avril 1974 comme la Révolution des œillets.
Une histoire extraordinaire, vous ne le trouvez pas? C'est une histoire qui m'émeut jusqu'aux larmes.
Mais voilà, Celeste Caeiro est morte. Elle est partie alors que la pauvreté, les inégalités sociales et la haine prospèrent au Portugal. Le pays où je suis née devient un peu plus triste et sombre, car Celeste Caeiro était un rayon de soleil qui a disparu pour toujours.

Reposez en paix, Madame Caeiro. De préférence au Paradis (s'il y en a un), car vous l'avez mérité.

Image par OpenClipart-Vectors de Pixabay

6 novembre 2024

L'exhibitionnisme moral

Hier, j'ai jeté un coup d'œil sur le mur Facebook d'une de mes sœurs. J'y ai trouvé une publication du compte Instagram d'une journaliste portugaise en faveur de Kamala Harris.
Je suis d'accord avec ma sœur et avec cette journaliste : si j'étais américaine, c'est évident que j'aurais voté pour Kamala Harris. Cela va de soi. Je partage ses valeurs à 1000%. Pourtant, je me demande à quoi cela sert de publier ce genre de chose, alors que notre voix ne compte pour rien. Ma sœur et cette journaliste ne vivent pas aux États-Unis et ne sont pas des citoyennes américaines. On peut donc se demander de quoi elles se mêlent et qui elles essaient de convaincre, alors que leurs voix ne comptent pour rien.
C'est très joli d'afficher notre soutien à telle ou telle cause au niveau international : le soutien à l'Ukraine, à la paix entre Israël et la Palestine et la solution à deux états (deux causes que je soutiens) et j'en passe. Pourtant, le fait d'afficher le drapeau ukrainien ou les symboles de l'identité palestinienne (ou de toute autre cause) change-t-il quelque chose? Est-ce que cela change la donne, alors que nous ne sommes pas concernés (ou très, très indirectement concernés) dans nos petites vies tout à fait banales? Je n'y crois pas une seule seconde.
Cela ne veut pas dire que je m'en fous, que je ne me sens pas concernée. Ce n'est pas vrai. Cependant, le fait de décorer sa photo de symboles liés aux causes que l'on défend sert à quelque chose? Non, cela ne sert à rien, à part nous donner bonne conscience et montrer à la terre entière ô combien on se préoccupe. C'est ce que j'appelle l'exhibitionnisme moral. "Regarde, maman, à quel point je me sens concerné". Oh, que c'est beau!
Maintenant que les résultats des élections américaines sont là, on peut déjà analyser pourquoi les démocrates ont échoué. Kamala Harris est un exemple d'intégration et de réussite sociale grâce à un parcours méritant. Pourtant, était-ce une bonne idée de faire appel à des célébrités (une manie bien démocrate) pour mener sa campagne? Billie Eilish est une jeune femme intelligente et talentueuse, mas trop californienne. Cardi B est trop sulfureuse. Taylor Swift est l'idole des jeunes. Beyoncé est l'idole de beaucoup de noirs, Lady Gaga est aussi trop particulière pour beaucoup d'Américains, Jennifer Lopez est trop latine pour certains, George Clooney et Leonardo Di Caprio sont trop "gauche caviar". Et puis, tous ces gens sont hyper-riches, contrairement au citoyen lambda américain. Les seules célébrités démocrates qui correspondent à la sociologie de l'électeur trumpien sont Bruce Springsteen, issu de la classe ouvrière du Midwest américain, et Eminen, issu de la "white trash" américaine, les petits blancs pauvres, bien qu'il se soit un peu rangé des voitures et deviendra bientôt grand-père. Pourtant, est-ce que cela a suffi? Décidemment, non. Les électeurs de Trump l'ont choisi parce qu'il s'affiche comme quelqu'un comme eux, même si ce n'est pas vrai. De plus, cette campagne a été une véritable honte, car, outre les insultes, personne n'a vraiment parlé du fond et les deux candidats n'ont fait que prêcher pour leur paroisse.
Et puis, on a beau dire que l'économie américaine se porte très bien, mais ce discours reste inaudible pour beaucoup d'Américains, car leurs vies n'ont pas changé.
Voilà, voilà. Le diagnostic est posé. Et nous, qu'est-ce que nous pouvons faire à ce sujet? Rien. Et partager ce genre de publications sur les réseaux sociaux ne change rien. Tout ce que nous pouvons faire, c'est d'essayer de vivre le mieux possible et essayer de faire quelque chose de bien, surtout en dehors des réseaux sociaux.

Image par Open Clipart-Vectors de Pixabay

 

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15 juillet 2024

Faire nation

Chère lectrice, cher lecteur,

Cette semaine, j'ai acheté plusieurs magazines : le Nouvel Obs, Marianne, Le Point et l'Express. Cela ne fait pas de mal d'avoir différents points de vue sur la situation actuelle en France et de tirer ses propres conclusions.

Hier, j'ai lu le dernier numéro de Marianne.

Ses articles analysaient l'état actuel de la France, les raisons du vote RN et ce qu'il faut faire pour éviter que cela se reproduise. En effet, comment ne pas être d'accord sur la nécessité de diminuer les asymétries entre les grandes villes, la campagne et les zones périurbaines? Comment ne pas ressentir de l'empathie envers ceux qui sont obligés de prendre la voiture pour aller travailler ou à l'école, faire leurs courses ou se rendre chez leur médecin ou leur hôpital, car il n'y a pas de transports en commun ni de services publics là où ils habitent? Et comment ne pas ressentir de l'empathie pour les ouvriers qui se retrouvent au chômage suite à la fermeture de leur usine et qui vivent dans un désarroi magnifiquement décrit dans la chanson "Les mains d'or" de Bernard Lavilliers? Il faut être aveugle et déconnecté de la réalité pour ne pas comprendre que les choses ne peuvent pas continuer comme ça, n'en déplaise à certains pontes de la Finance qui ne regardent le monde qu'à travers leurs tableaux Excel.

Pourtant, j'ai enragé en lisant un article dont le sujet était l'insécurité culturelle. Selon cet article, les gens ont peur de l'immigration, car cela signifie que leur monde change, alors que rien n'est immuable ni en France ni ailleurs. Selon l'article, le nombre de nouveau-nés portant un prénom d'origine arabo-musulmane était de 1% en 1960 et de 21% de nos jours. Et alors? Faut-il légiférer sur les prénoms, comme le voulait Éric Zemmour? L'article mentionne aussi les maires de certaines villes qui sont contraints à préempter les commerces vacants pour éviter qu'un nouveau kebab ne s'y installe. Et alors? Sauf erreur de ma part, personne n'est obligé à manger dans un kebab. Comment réagiraient ces maires si on ouvrait des restaurants chinois ou portugais? Ressentiraient-ils le même sentiment d'insécurité culturelle? Ou leur sentiment d'insécurité culturelle est-il à géométrie variable?

Au Portugal et dans d'autres pays, beaucoup de Français s'y installent pour ne pas payer des impôts. Et pourtant, ils ne font aucun effort pour apprendre la langue de ces pays ni de s'intégrer, car c'est plus commode de vivre en vase clos tout en méprisant les habitants du coin. Alors, Marianne, on en parle?

Pour ma part, j'en ai marre que les immigrés (surtout les Arabes, les principales cibles) soient les boucs émissaires de tout ce qui ne va pas en France. Sont-ils coupables du chômage, de la désindustrialisation, du manque de services publics ou de la perte du pouvoir d'achat? Il y a de la délinquance parmi les immigrés? Oui. Sont-ils les seuls qui sombrent dans la délinquance? Non. N'oublions pas que les immigrés paient aussi des impôts et galèrent autant que les citoyens lambda franco-français, voire plus, car ils n'ont pas le droit de vote et ils ne peuvent même pas dire merde à la classe politique sans qu'on ne leur dise "si tu n'es pas content, retourne chez toi".

Si on veut faire nation, il faut arrêter de stigmatiser les uns et les autres. La France a toujours été - et sera toujours! - un pays d'immigration et elle n'a jamais cessé d'être la France. Jamais. Car la France, ce sont des valeurs, les fameuses "valeurs républicaines" que tout le monde est censé respecter. Faire nation, c'est ça, pas vivre dans l'illusion d'une France immuable et "ethniquement pure" qui n'a jamais existé.

Ça suffit de dresser les gens les uns contre les autres! Comme disait la chanson du groupe Manau, tout le monde a besoin de tout le monde. Et maintenant, plus que jamais.

Image par OpenClipart-Vectors sur Pixabay

15 juillet 2024

Le temps de l'incertitude

Chère lectrice, cher lecteur,

Encore une fois, nous avons échappé au pire : le RN n'a pas obtenu la majorité absolue. En effet, il n'a obtenu aucune majorité, même pas relative, étant relégué à la troisième place.

Une bonne partie de la France a poussé un soupir de soulagement. Moi aussi j'ai poussé un gros, gros soupir de soulagement et j'ai même pleuré. Cela peut paraître bizarre, car je n'ai pas pleuré en 2002, ni en 2017 ou en 2022. Mais voilà, après une période de grande tension, mes nerfs ont lâché, comme cela a dû être le cas de beaucoup de Français.

Cependant, pouvons-nous être tranquilles par la suite? Rien n'est moins sur...

La coalition du Nouveau front populaire a obtenu une majorité relative. 182 députés. C'est sympa, mais largement insuffisant pour pouvoir gouverner tranquillement. Pendant ce temps, l'ex-majorité présidentielle essaie de créer une majorité alternative, car un gouvernement avec La France Insoumise en son sein, c'est non, bien qu'elle ait moins de députés que le NFP.

Pendant ce temps, les partis du NFP s'écharpent sur le choix du futur candidat au poste de Premier-ministre car, encore une fois, leurs dissensions remontent à la surface. Un spectacle pas très digne.

De plus, Macron continue de jouer son rôle de Jupiter, sommant les différents partis de se démerder et de créer une majorité stable, comme s'il n'était pas responsable du brouillard politique dans lequel nous vivons.

Compte tenu de ce bordel généralisé, je voudrais lancer un appel au Nouveau front populaire. S'il vous plaît, arrêtez vos chamailleries, comportez-vous comme des adultes et choisissez un futur Premier-ministre qui puisse faire un boulot décent et rendre la vie meilleure à tous les habitants de la Planète France.

Sinon, les portes du pouvoir s'ouvriront grand ouvertes au RN et nous n'aurons que nos yeux pour pleurer.

Image par Gerd Altmann sur Pixabay

26 juin 2024

Moi, Française de papier

Chère lectrice, cher lecteur,
Normalement, je ne parle pas de politique sur des réseaux sociaux comme LinkedIn ou Twitter, où je parle exclusivement de mon activité professionnelle. J'estime que ce ne sont pas les meilleurs endroits pour le faire.
Cependant, je l'ai fait car je ne peux pas rester silencieuse, surtout lorsque l'avenir professionnel de beaucoup de personnes en France est mis en cause.
Je parle des binationaux.
Comme vous le savez, si le Rassemblement national remporte les élections législatives et forme un gouvernement, les binationaux ne pourront plus accéder à des emplois stratégiques, notamment dans les secteurs de la défense et de la sécurité. Pour quelle raison? Leur double nationalité serait un signe d'une double allégeance qui mettrait en danger la sécurité nationale.
Très bien. Mais alors, un casier judiciaire vierge ne suffit pas? Et quid d'une enquête menée par les services de renseignement? Un binational est-il moins digne de confiance qu'un "Français de souche", alors que des exemples de "Français de souche" ayant "pactisé avec l'ennemi" ne manquent pas?
Personnellement, ces mesures ne me concernent pas, car j'exerce deux métiers qui n'ont rien de stratégique et ne constituent pas une menace à la sécurité du pays. Pourtant, j'avoue, le principe me choque. Pourquoi? Parce que nous, les binationaux, nous sommes considérés comme des traîtres potentiels, prêts à nous "vendre à l'ennemi" pour un plat de lentilles.
Qu'est-ce que nous avons fait, nous les binationaux? Est-ce que nous mettons en danger le pays où nous vivons, car nous n'avons pas renoncé à notre nationalité d'origine?
Je ne suis pas née en France. Je suis née au Portugal en 1971. J'ai fait toute ma scolarité là-bas, de l'école primaire à l'enseignement supérieur. J'ai travaillé là-bas comme enseignante. Puis, il y a 23 ans, j'ai eu une opportunité de travail en France, que j'ai saisie, car les choses allaient déjà mal au Portugal à cette époque-là.
J'ai commencé à apprendre le français dès l'âge de dix ans et ceci jusque dans l'enseignement supérieur. J'ai toujours aimé cette langue et j'ai toujours ressenti une grande curiosité relative à la culture française. Je me considère comme quelqu'un de bien intégré dans la société française : je parle la langue, je travaille et j'ai construit ma vie de couple en France. C'est pourquoi j'ai obtenu la nationalité française en 2017, car je réunissais toutes les conditions nécessaires. Que faut-il faire de plus?
Mais voilà, je suis binationale. Je n'ai pas voulu renoncer à ma nationalité d'origine (de toute façon, l'État portugais ne l'exige pas), je n'ai pas francisé mon nom (car ce n'est pas obligatoire en France) et je parle toujours ma langue, qui est aussi mon principal outil de travail. Voilà, je ne suis pas une "vraie Française", mais une "Française de papier".
Faut-il que je renonce à ma nationalité d'origine pour être digne de confiance? C'est comme si on me demandait si je voulais me faire amputer la jambe gauche ou la jambe droite. Or, ma double culture est aussi indispensable que mes deux jambes. Je ne tire aucune fierté particulière d'être portugaise - je n'y suis pour rien et je pense qu'il faut surtout être fier des choses positives que nous avons accompli dans nos vies - mais j'assume mes racines, comme j'assume mes premiers cheveux blancs. Et cela, c'est non négociable.
Pour conclure, arrêtons cette fixation malsaine relative aux origines des uns et des autres et apprenons à apprécier les gens en fonction de leur caractère et leurs compétences et pas en fonction des origines, confessions religieuses et couleur de peau.
Vive la République. Vive la France.

Image extraite du site Pixabay

 

26 juin 2024

Bienvenus à la République bananière de France

Chère lectrice, cher lecteur,

Comme vous savez probablement, les élections européennes ont eu lieu le 9 juin. Les résultats n'ont pas été une surprise : le Rassemblement national a remporté les élections avec un grand pourcentage de voix.

Cependant, il y a deux choses qui ont changé :

- L'électorat RN n'est plus ce qu'il était. Avant, c'était uniquement constitué d'ouvriers et ruraux qui, faute d'avoir obtenu une réponse à leurs problèmes, ont crié leur ras-le-bol. Maintenant, toutes les classes sociales sont largement représentées, les patrons, les CSP++ et d'autres publics qui ne votaient pas pour ce parti.

- Contrairement à ce qu'il avait promis, Macron a cédé l'extrême-droite et a dissous l'Assemblée nationale et convoqué des élections pour ce dimanche, 30 juin, et pour le 7 juillet.

Et maintenant, on fait quoi?

Comme si les électeurs n'étaient pas assez fatigués par la campagne électorale pour les élections européennes, Macron a ajouté une couche et semé la pagaille. Franchement, qu'est-ce qui lui a pris?

Et nous voilà dans un bordel pas possible. Les partis ont eu juste trois semaines pour mener leur campagne, le RN (d'après un sondage) obtiendrait environ 35% des voix, tandis que le Nouveau front populaire obtiendrait environ 29% et la majorité présidentielle uniquement 19% - et ceci sans parler des Républicains, totalement laminés grâce à Eric Ciotti.

À quoi joue Macron? On dirait qu'il ne comprend pas que la plupart des Français ne peuvent plus le voir même en peinture. À force de jouer les apprentis sorciers, il a non seulement détruit sa majorité, ainsi que la droite de gouvernement et, cerise sur le gâteau, risque de contribuer à l'accession du RN au pouvoir. Bref, merci, Manu.

Moi, j'ai peur. Je ne sais pas ce que cela fait de vivre dans un pays dirigé par un gouvernement d'extrême-droite. Mes parents oui, ils savent ce que c'est. Ils ont vécu sous la dictature de Salazar. Franchement, qu'est-ce que je fais? M'en aller? Où? Au Portugal? Cela fait déjà vingt-trois ans que je vis en France. Qu'est-ce que j'irai faire là-bas? Rien. Ma vie est ici.

Voilà ce que je vais faire : voter. Puisque je suis binationale, j'ai le droit de voter. Et de dire merde au RN.

Bref, soyez les bienvenus à la République bananière de France.

Montage créé par l'auteur du blog à travers d'images extraites du site Pixabay.

 

29 avril 2024

25 avril 1974 - 25 avril 2024 : cinquante ans d'une révolution inachevée

Chère lectrice, cher lecteur,

Le temps passe... tellement vite qu'on a du mal à digérer toutes les nouvelles qui se succèdent les unes après les autres.

Pour ceux qui ne savent pas, jeudi 25 le Portugal a célébré le 50ème anniversaire de la révolution du 25 avril 1974, aussi connue comme révolution des œillets. Partout au Portugal, du Nord au Sud, on a célébré cet anniversaire et un peu partout dans le monde aussi, grâce aux communautés et associations portugaises en Europe et ailleurs.

Pour ma part, j'ai regardé le défilé commémoratif à la télé. Comme d'habitude, il s'agissait d'un défilé militaire avec tous les différentes armées (aviation, marine, armée de terre). Cependant, à la fin du défilé, nous avons pu regarder les capitaines qui ont fait la révolution, juchés sur les véhicules et les chars de l'époque dûment restaurés par une association. Ces capitaines, assez âgés, étaient habillés en civil, mais ils portaient leurs bérets militaires. Tout le monde les applaudissait. Cela faisait plaisir.

J'avoue que j'étais émue en les regardant car, grâce à eux, le Portugal s'est libéré d'une dictature qui a duré 48 ans. Je ne me souviens de rien, car j'avais 3 ans à l'époque et, en plus, j'étais à l'hôpital entre la vie et la mort. Fort heureusement, j'ai pu non seulement guérir de ma maladie mais aussi voir l'évolution du Portugal tout au long de ces décennies et lorsque mes parents me racontent comment était la dictature, je suis très heureuse de ne pas avoir vécu cette période sombre de notre histoire.

Pourtant, j'ai du mal à éviter une certaine amertume en remémorant les événements de ce jour-là, la joie immense vécue par les populations, l'espoir d'une nouvelle vie pour tous. Oui, beaucoup de choses en changé en mieux, on ne pas pas le nier... et pourtant...

Lorsque je me rends compte que :

- les inégalités sociales restent criantes,

- les salaires restent encore et toujours bas et toujours inférieurs à la moyenne des salaires de l'Union européenne, malgré l'inflation galopante,

- les asymétries régionales persistent, le littoral étant encore et toujours plus développé que l'intérieur des terres,

- la corruption règne au sein des différents partis politiques et des institutions, mais pas que (car le citoyen lambda n'est pas tout blanc non plus),

- l'accès à l'éducation, à la culture, à la santé, à un travail et à un logement digne sont encore un mirage pour de nombreuses personnes,

- l'inculture politique fait des ravages, ainsi que l'attrait de plus en plus fort exercé par l'extrême-droite, notamment auprès des jeunes,

je me demande si c'est vraiment une bonne idée de célébrer cet anniversaire. 

Attention, je ne dis pas et je ne dirai jamais qu'il faut vouer la révolution aux gémonies et qu'elle n'a strictement servi à rien! C'est hors de question! Malgré tout, le pays a beaucoup changé et je suis très, très heureuse de pouvoir m'exprimer en toute liberté et de ne pas vivre dans une société de la délation permanente, où il fallait se méfier de tout le monde, y compris de nos proches.

Cependant, il ne faut surtout pas "fossiliser" cette révolution et la considérer comme un événement du passé, car il y encore tant à faire pour que le Portugal devienne vraiment un pays où tout le monde pourra vivre dignement, et pas un paradis pour les exilés fiscaux qui s'installent dans notre pays uniquement grâce aux avantages fiscaux.

Pour cela, il faut en finir avec tellement de choses : la corruption, le laisser-faire, les inégalités criantes, la haine et l'intolérance...

À nous tous de faire quelque chose pour que la devise "le 25 avril pour toujours" ne soit pas une phrase vaine, répétée lors d'un sempiternel rituel annuel, mais une réalité vivante et véritable pour tous.

 

Image par Open Clipart-Vectors sur Pixabay

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